La Presqu’île, cet autre monde…

Le Presqu’îlien, vous savez, c’est cet habitant de l’hyper-centre pour qui Lyon se limite à ce qu’il y a entre la Saône et le Rhône. Franchir un pont : trop fatiguant. Aller à Guillotière : pour quoi faire ? Le Vieux-Lyon : trop touristique. Villeurbanne : est-ce que c’est vraiment à Lyon, ça ? Au fond, le Presqu’îlien, c’est un peu le « bobo » snobinard de Lyon. Son motto : rien n’a de style, outre la Presqu’île.
Cependant, il faut bien l’avouer : la Presqu’île, c’est un peu le cœur de Lyon. A croire, à première vue, que tout s’y passe. Et puis, il y a le charme de ses grandes bâtisses, ses places, ses fontaines, ses commerces… Tout pour faire pencher la balance de son côté, en somme.
Alors, chez Lyon City Crunch, on s’est demandé ce qui attirait les Lyonnais entre les deux fleuves ou, au contraire, ce qui les faisait fuir. Quoi de mieux pour vous faire un avis qu’une confrontation des témoignages sur ce sujet qui a enflammé mes compères ?

Contre habiter en Presqu’île

Pour Pierre, le gros moins de ce quartier est son manque de caractère et l’impossibilité d’une vraie vie de quartier :

Ce que je reproche à la Presqu’île, c’est qu’elle appartient à tous les Lyonnais contrairement à d’autres quartiers presque autant animés, mais fréquentés que par les gens du secteur (Croix-Rousse, Guillotière, …). Du coup, je trouve que ça crée un certain décalage entre l’animation et l’absence d’une réelle vie de quartier. Ça, plus les loyers hors de prix et l’enfer du samedi après-midi…

Anthony, lui, voit surtout les galères des automobilistes. La Presqu’île au volant, un enfer pour les nerfs :

Quand tu habites en Presqu’île, tu as plutôt intérêt à ne pas avoir de voiture : entre les bouchons et les places de parking, bonjour les crises de nerfs! Ok, tu peux prendre un abonnement dans un parking souterrain, mais il faut encore payer et il n’y en a pas forcément juste à côté de chez toi. Et puis, si tu as une voiture, c’est souvent parce que tu as besoin (ou envie) de sortir de Lyon. Et, là encore, bonjour les bouchons! Surtout avec le tunnel de la Croix Rousse qui va fermer pour 9 mois, et le tunnel de Fourvière en travaux presque toutes les nuits. Quant à la solution de louer, c’est valable si tu pars en week-end, mais pour aller voir tes parents une demi-journée à l’improviste, c’est un peu la galère de perdre 1 heure pour aller louer une voiture.

Clémentine lui reproche son manque de quiétude et de calme. Impossible de s’isoler, on n’est jamais vraiment seul chez soi :

La Presqu’île, c’est quand même le théâtre de (presque) toutes les animations de la ville, et entre toutes les différentes manifestations (fêtes des lumières, nuits sonores, fête de la musique…), les jeudis soirs des fêtes étudiantes, les vendredis soirs des after-works et les samedis soirs de grosse chouille, c’est un peu compliqué pour dormir quand vous avez le sommeil léger… (heureusement, vous avez les commerces à proximité et la pharmacie Florit propose des boules Quiès à prix défiants toute concurrence !).
La Presqu’île, pour en sortir, c’est pas toujours facile : entre les ponts, les tunnels et les collines aux heures de pointe… Vous avez vu le film « Cloverfield » ? ou « Je suis une légende » ou n’importe quel autre film où les habitants de Manhattan se retrouve coincés car les accès de la ville ont été coupés ? Personnellement, ça a tendance à me rendre un peu clostro… Sans parler des heures à mordre le volant quand vous travaillez à l’extérieur de Lyon (mais si, souvenez vous).
La Presqu’île, enfin, c’est quand-même beaucoup de vieux bâtiments. Et en plus de payer ton loyer une blinde, tu as peut-être des moulures au plafond et un magnifique parquet (qui grince) mais tu as aussi la peinture qui s’écaille, les serviettes qui ne sèchent pas, tu entends ton voisin chanter Adèle sous la douche et tu n’as pas d’ascenseur ni de parking souterrain… (comment ça j’exagère ?).

Pour habiter en Presqu’île

Silphi, le défenseur de ce quartier dénigré, nous fait part de son vécu. Dieu sait qu’il l’aime, sa Presqu’île :

Déjà il faut savoir ce que l’on entend par Presqu’île. Si l’on s’en tient au territoire, il faut rapeller qu’elle part du bas des pentes jusqu’à l’a Confluence, elle est par conséquent capable d’arborer bien des visages !
C’est cette richesse qui lui donne son caractère d’exception: que l’on soit place Sathonay, place des Célestins, dans la rue Victor Hugo ou encore à Confluence, on est toujours en Presqu’île. Et, pour répondre à Pierre, il n’y a effectivement pas UNE vie de quartier, mais DES vies de quartiers.
Quand on ajoute le fait que l’on trouve à la fois de très bonnes boutiques, de très bons restaus et de très bons bars, pourquoi aller ailleurs franchement ? Alors oui, je sais que j’ai un peu du mal à en sortir pour aller voir tout ces coins (certainement) merveilleux situés ailleurs.
Quant à l’argument sur les prix, je vois mal comment il peut tenir dans la mesure où les loyers lyonnais se tiennent souvent dans un mouchoir de poche !
Après en terme de qualité de vie, je trouve ça parfait, j’aime être au plus près de la rumeur de la ville et si tant est qu’on évite d’habiter sur les grands axes, on peut parfaitement avoir un appartement calme. Bien sûr, le samedi, j’ai tendance à éviter de sortir pour éviter la marée humaine et je râle à chaque fois que la Presqu’île devrait être interdite à la fois aux voitures et à ceux qui n’y habitent pas. Mais c’est toujours un plaisir que d’être ici, au centre, et d’avoir la satisfaction de pouvoir faire ce que je veux à pied.

Concernant le problème de la voiture, habiter en Presqu’île, c’est comme habiter au centre de n’importe quelle grande ville : c’est avant tout un mode de vie et un choix. Après, louer une voiture, ça prend 10 minutes sur internet et 5 minutes de plus pour la récupérer. Sinon, il y a la solution Auto-lib qui marche très bien.
Pour le bruit, il suffit d’éviter de vivre sur la rue de la Ré ou E.Herriot et c’est pas trop un problème pour peu que vous ayez du double vitrage.
Pour les vieux immeubles, c’est surtout le charme de la presqu’île. Des appartements en mauvais état ou mal isolés, on en trouve partout.
Pour le côté Independance day, il faut bien avouer que, traverser la Saône à la nage, c’est quand même plus facile que l’Hudson.

Anthony, même s’il la blâme pour faire vivre un enfer aux automobilistes, reconnait qu’il y fait bon vivre  :

Je n’y habite pas, mais c’est vrai que je suis parfois un peu jaloux de ne pas habiter en Presqu’ile. C’est beau, c’est animé, c’est vivant (parfois trop), il y a plein de commerces, de bars, de restaus, etc… et une vraie vie de quartier que je ne soupçonnais pas avant de fréquenter quelqu’un qui y habite (et qu’il n’y a pas vers chez moi, quartier plutôt dortoir, c’est certain).

Pour résumer

On aime la Presqu’île parce que :
– c’est un quartier vivant avec bars, restaus et magasins à foison
– c’est un quartier qui a la classe avec ces grands immeubles anciens
– c’est un quartier aux multiples facettes, de l’ambiance « petit village » de la place Sathonay au bouillonnement de Bellecour

Mais, on déteste :
– son caractère universel et son manque d’authenticité
– les galères des conducteurs
– le tumulte des soirées de beuveries

Alors, ami cruncheur, qu’en penses-tu ? N’hésite pas à défendre ce quartier s’il te tient à coeur ou à lui jetter des pierres si tu rechignes à y mettre les pieds !

EDIT : Allez les Presqu’Illiens nous ont convaincu, ça a l’air d’être quant même sympa de vivre sur ce lopin de terre. Résultat on est plutôt…