Vrai café à Lyon

Où sont passés les vrais cafés à Lyon ?

Il fut un temps où, pour boire un café à Lyon, il suffisait de pousser une porte. Pas besoin de consulter Instagram, de vérifier les horaires et les avis sur Google, de savoir si le café était torréfié à 17 kilomètres du comptoir ou si le patron avait passé six mois à se former au latte art à Berlin. On entrait, on commandait un café et… on buvait un café.

Parfois, il était bon. Parfois, il était franchement dégueulasse. On faisait une petite grimace en avalant la dernière gorgée et on passait à autre chose.

Aujourd’hui, c’est devenu plus compliqué.

Où sont passés les cafés où on pouvait juste… boire un café ?

Lyon s’est transformée en capitale du coffee shop. Et attention, on ne dit pas que c’est mal. Nous aussi, on aime les petits cafés torréfiés avec amour, les cinnamon rolls encore tièdes et les jolies tasses en céramique artisanale.

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Mais à force, on a quand même un peu l’impression que toute la ville s’est mise à boire le même café.

Même déco : bois clair, plantes vertes, murs blancs, tabourets minimalistes et quelques objets chinés pour donner l’impression qu’on est chez quelqu’un. Même carte : espresso, flat white, matcha latte, chai latte, cookie et banana bread. Même clientèle : ordinateur ouvert, tote bag sur l’épaule et chien sous la table.

Et surtout, mêmes horaires. Parce qu’un café qui ferme à 17h30, c’est quand même embêtant pour une vie de quartier un peu animée.

J’en sais quelque chose. Je vis depuis plus de 10 ans dans l’épicentre du phénomène : le sud de la Guillotière entre les stations Saxe-Gambetta et Jean Macé qui a vu le moindre petit rade en concept branché.

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Où sont passés les cafés où on pouvait juste… boire une bière ?

A une époque encore pas si lointaine, un café était ouvert toute la journée et ne servait pas QUE du café (coucou le petit jaune !). 

Aujourd’hui, les cafés sont devenus des bars et le moindre rade semble devoir avoir une spécialité. Bar à bières artisanales. Bar à vins naturels. Bar à cocktails. Bar à tapas. Bar à jeux. Bar à vinyles. Bar à focaccia. Bar à je-ne-sais-quoi.

On ne commande plus une bière. On choisit entre une IPA de microbrasserie produite dans une ancienne usine textile, une sour aux fruits rouges et une pilsner fermentée avec des levures sauvages par un ancien cadre de la tech reconverti dans la houblonnerie.

Et si on demande, « juste une bière » on sent immédiatement qu’on vient de commettre une faute de goût.

Pourtant, parfois, on aimerait juste boire une bière. Une bière normale (une Leffe ou une HK nous irait très bien). Et pas forcément à 7,50 € le demi.

On veut des endroits où personne n’a besoin de se vendre

Ce qu’on regrette surtout, c’est le bistrot sans concept. Celui où le patron est derrière le comptoir depuis suffisamment longtemps pour connaître les habitués, mais pas assez pour avoir lancé un podcast sur l’entrepreneuriat dans la restauration.

Celui où la télé est allumée sans que personne ne la regarde vraiment. Celui où un vieux monsieur lit Le Progrès pendant qu’un étudiant attend quelqu’un, qu’une infirmière vient boire un demi après son service et qu’un type que vous n’avez jamais vu raconte sa vie au patron. Un endroit où l’on peut discuter avec quelqu’un qu’on n’aurait probablement jamais rencontré dans son cercle habituel.

C’est peut-être ça qui nous manque le plus. Parce que les nouveaux bars et coffee shops ont beau être sympathiques, ils ont parfois un petit problème : ils nous ressemblent beaucoup trop. On y retrouve nos goûts, nos codes, nos références, nos playlists et même parfois nos convictions. On vient y boire avec des gens qui aiment les mêmes bières artisanales, les mêmes expos, les mêmes brunchs et les mêmes petits restaurants cachés que nous.

Alors que le vieux café de quartier, lui, avait cette qualité rare : il mélangeait les gens.

Le dernier endroit où tout le monde ne se ressemble pas

C’est peut-être pour ça qu’on devrait arrêter de regarder les vieux bistrots comme des vestiges d’un monde condamné à disparaître.

Alors oui, continuons à ouvrir des coffee shops. Continuons à brasser des bières locales et à découvrir des vins nature. Mais gardons-nous quelques endroits où le seul concept consiste à ouvrir la porte et servir des verres. Des endroits un peu moches. Un peu bruyants. Qui sentent un peu la vinasse même le matin. Avec des banquettes qui ont connu plusieurs générations. Des cafés où le patron vous tutoie sans vous avoir demandé votre prénom.

Et surtout, des endroits où, quand vous commandez un café, personne ne vous demande : filtre, espresso, double shot ou V60 ? Juste un café.

Et si possible, un peu mauvais. Ça nous ferait presque plaisir.

Voir les commentaires (7)
  1. Et bien moi j’ai un endroit comme vous le décrivez en fin d’article, j’y travaille d’ailleurs, Le café de la Cloche, à Bellecour, 4 rue de la charité , vieux troquet dans son jus !

  2. Tellement d’accord sur la perte de mixité… On a gagné en qualité de grain, mais on a perdu le côté « rade de quartier » où toutes les générations se croisent. Ça fait du bien de le lire !

  3. Il en existe encore une adresse à ne pas manquer dans l esprit Bistro Bossuet Douce France dans le 6 eme arrondissement typiquement ce que vous venez de décrire

  4. je partage ton avis, sauf que le café ne rapporte plus, les anciens cafés sont en disparition, et les abus et débordements sont légions, la clientèle a (viande saoule) qui hurle, confonde ton jardin et les anciennes pissotieres, tes enfants qui ne peuvent plus dormir, moi je l’écris heureusement que c’est la fin ! mais c’est aussi vous la jeunesse qui êtes à l’origine de toutes ces nuisances, vous êtes irrespectueux et vous n’en n j’ avez même pas conscience !

    1. Amen, merci Llorentr.
      Quitte à passer pour un rageux, mais cet article sent tellement la bobo attitude…
      « Des endroits un peu moches. Un peu bruyants. Qui sentent un peu la vinasse même le matin »… L’objectif de l’article ce n’était pas de relancer ces « cafés du coin » ? Parce que le dénigrement sous couvert humoristique, cela reste quand même du dénigrement…
      Puis faut aussi savoir ce que c’est que de gérer ces « bistrots sans concept »…
      Dommage.

  5. Marrant de lire ca ici.
    Vous etes typiquement les « blogs » qui mettent en avant les cafés a la mode bobo qui ont et continuent de remplacer les bistrots traditionnels.
    C’est bien de faire ce constat et on partage le meme avis, mais a votre echelle vous avez contribué a ca.

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