Vous ne savez pas ce qu’est l’Escadron Bleu ? Pas de panique, vous n’êtes pas les seuls à ne pas connaître ce projet apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’expo est justement là pour vous faire découvrir cette histoire et ses héroïnes, qui méritent d’être davantage connues.
Une mission pas comme les autres

Printemps 1945. L’Europe est en ruine. La guerre se termine. Mais la paix n’est pas encore là. En Pologne, la sortie de guerre est même bien plus violente qu’en France.
C’est là qu’arrivent 11 jeunes femmes de 22 à 27 ans. Leur mission ? Rapatrier leurs compatriotes, déportés et prisonniers français. Entre avril et novembre 1945, 11 jeunes femmes, âgées de 22 à 27 ans, ont sillonné les routes de Paris jusqu’en URSS. Engagées volontaires dans la Croix-Rouge, réparties en 5 équipes de 2 (une ambulancière, une conductrice), et envoyées sans armes, avec un sifflet pour seul système d’alerte (oui oui vous avez bien lu, un sifflet).
L’Escadron bleu est la première équipe et la plus documentée des 8 équipes de cette mission. 230 femmes mobilisées au total. Et les hommes alors ? Il était jugé trop risqué d’en envoyer à l’époque. Les femmes étaient perçues comme des soigneuses à qui l’on peut faire confiance.
Madeleine Pauliac

À la tête de l’Escadron bleu, le médecin et lieutenant Madeleine Pauliac. Son neveu, Philippe Maynial, la décrit comme une femme « épatante et remarquable ».
Pupille de la Nation, élevée avec sa sœur par sa grand-mère, qui lui répète une consigne : ne jamais dépendre d’un homme. Elle en fait sa devise. En 1941, à 29 ans, elle fait partie des 350 femmes inscrites à l’ordre des médecins. Pendant la guerre, elle rejoint la résistance hospitalière. Elle est convoquée par le Général de Gaulle, qui lui dit que la France a besoin de femmes comme elle. Elle s’engage alors en septembre 1944.
En février 1945, direction Moscou, puis la Pologne, pour prendre la tête de la mission de rapatriement. L’enjeu : 300 000 Français bloqués, que Staline ne veut pas rendre, car ils sont une monnaie d’échange.
Elle meurt en 1946, en Pologne, dans un accident de voiture. On ne sait toujours pas exactement comment, mais, selon son neveu, des recherches ont commencé à avancer une piste. Elle reçoit, à titre posthume, la Croix de guerre et la Légion d’honneur. Elle reste l’une des seules femmes de sa région à les avoir reçues.
Une sororité qui traverse des générations

Les femmes de l’Escadron bleu étaient surnommées ainsi pour leurs uniformes. D’ailleurs, l’une des tenues a été restaurée et exposée au CHRD. Tout au long de leur mission, elles ont tenu un carnet de route et pris des photos, que leurs familles ont précieusement gardés. On y sent une vraie sororité, forgée par les épreuves et les scènes d’horreur traversées ensemble. Et elle a duré. Même les générations suivantes sont restées en lien ! On a pu le constater sur place. Tous les héritiers, présents lors de la visite presse, se comportent comme des cousins.
De l’archive à la BD

De ces archives, est née la BD : L’Escadron bleu, 1945 publiée en janvier 2026 par Virginie Ollagnier, scénariste, et Yan Le Pon, illustrateur. L’autrice voulait raconter « une si belle histoire » et « de si belles personnes » aux jeunes générations, qui n’ont pas la chance d’avoir des témoins de cette période. Pour le dessinateur, ce fut un projet colossal : 10 personnages principaux, un road-trip jusqu’en URSS, énormément de recherches, et surtout 3 ans de dessin. Il a d’abord refusé à cause de la complexité du scénario, finalement, c’est cette difficulté qui lui à fait accepter.
L’horreur sans la montrer

Ce qui est frappant dans la BD, c’est la façon de montrer l’horreur. Pas de corps mutilés, pas de morts humains. La violence passe par des détails, comme : les ombres des victimes représentant leurs bourreaux ou encore des chiens tués dans les camps. Pour Virginie Ollagnier, chacun à son imaginaire. Un dessin, c’est l’imaginaire d’un autre. Pour ne pas choquer, mieux vaut exprimer l’horreur, que la montrer.
L’expo réunit 19 panneaux originaux de la BD, des photos des femmes de l’Escadron Bleu, et des objets d’archives prêtés par les familles. Avoir la possibilité de voir ces objets remplis d’histoire, dans un si bon état, c’est une chance !
Le CHRD prolonge ainsi son travail sur les destins féminins hors du commun, 2 ans après avoir accompagné la sortie de la BD Madeleine Riffaud, résistante.
P.S : Vous aurez peut-être la chance (comme nous) de vous faire dédicacer votre BD !

📅 Du 8 octobre 2026 au 13 juin 2027
📍 Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, 14 avenue Berthelot, 69007 Lyon
🎟️ À partir de 1 €
🕒 De 10h à 18h du mercredi au dimanche
👉 Plus d’infos et réservation
