Chaque semaine nous vous proposons un compte-rendu de concert des Nuits de Fourvière qui se tiennent à Lyon du 5 au 31 juillet. Aujourd’hui retour sur le concert attendu de la fée islandaise Bjork.

Il est 20h. Je me presse vers le Théâtre Antique. Le concert a été avancé à 21h sur demande de Bjork pour protéger sa voix de la fraicheur nocturne. Alors que je m’engouffre dans le funiculaire pour gravir la colline, je m’interroge sur le concert qui va suivre. Ca doit faire 10 ans que je n’écoute plus Björk. Je crois qu’elle m’a perdu à partir de l’album Vespertine, trop conceptuel à mon goût. Pour moi un concert de Björk est du type « Checked » à savoir un truc qu’on doit avoir vu au moins une fois dans sa vie (quitte à casser sa tirelire). Je m’attends à tout… à quelque chose de génial, comme quelque chose d’inécoutable. Dans tous les cas, je pourrais dire « J’ai vu Bjork » en concert.

Il est 21h. Une chorale de femmes mi-sirènes mi-lutins entre sur scène et entame leur chant. Björk arrive alors habillée d’une robe bleue électrique et sur-gonflée au niveau de la poitrine et des hanches . Le set démarre sur Cosmongony issu de son dernier album Biophilia suivi d’un Hunter très vocal. Ces 2 morceaux donneront la tonalité du répertoire de la soirée puisque Biophilia et Homogenic seront les 2 albums dans lesquels Björk ira piocher la quasi totalité des titres joués.

Il est 21h10. Le concert commence à prendre une tournure intéressante quand 2 énormes bobines Tesla descendent au dessus de la scène. Cette machinerie produit des éclairs en rythme et sert de ligne de basse pour le morceau Thunderbolt. La foudre sera l’un des nombreuses éléments de la nature que Björk convoquera pour enflammer son show.

Il est 21h30. Le concert monte en puissance, la musique est de plus en plus organique. Alors que j’étais venu pour entendre les tubes de Björk et envisageais ses morceaux moins connus comme des interludes, c’est exactement l’inverse qui se produit. Les titres de son dernier album me scotchent complètement. Les chœurs, le VJings, les arrangements titillent tous mes sens. Björk semble avoir pris son envol. A ce stade du concert, j’ai encore l’impression qu’elle vole un peu trop haut pour moi, que sa liberté artistique, son délire autour des éléments et des sonorités n’est pas atteignable. Et puis…

Il est 21h40. Björk redescend un peu vers notre humble condition d’humain en venant nous susurrer un All is Full of Love sombre mais envoutant. Je suis complètement hypnotisé par sa voix. Puissante jusqu’à l’arrogance, parfois douce parfois rugueuse, assurément unique. Je crois que c’est à ce moment que sa musique et son univers m’ont attrapé par le col et m’ont dit « Viens avec nous ».

Il est 21h44. Un de ces morceaux les plus énervés de la chanteuse, Pluto, résonne furieusement dans le Théâtre. Non seulement Björk m’a définitivement embarqué dans son aventure musicale et visuelle mais elle me trimballe et me secoue autant que pendant un cataclysme. C’est la révélation : Björk est Mère Nature, elle a convoqué tous les éléments pour une grande célébration, nous sommes tous invités pour une symbiose cosmique.

Il est 22h00. Le voyage se prolonge au centre de la terre. Nous sommes dans un magma bouillant avec le morceau Mutual Core dans lequel les coeurs sont comme de la lave prête à exploser. Et c’est ce qui arrive à la fin du morceau : fumigènes, chants hurlants, feux d’artifice, tout Fourvière n’est plus qu’une immense soufrière qui rugit.

Il est 22h10. Björk termine son set sur Nattura, morceaux dédié au Volcan Eyjafjöll. Nous rappelant que nous sommes rien face à la nature…et face à la puissance de la musique.

Il est 22h20. Björk revient pour un rappel. Elle interprète One Day avec une certaine facétie, lui apportant un coté humain et touchant après une prestation surréaliste.

Il est 22h30. La présentation de ses musiciens et du cœur terminé (avec un accent à couper à la tronçonneuse) Björk entame son dernier morceaux : le puissant Declare Independence qui lui avait causé quelques problèmes en Chine. C’est le bouquet final ! Le chœur se déchaine en chant et en danse, les bobines Tesla sont de nouveaux convoquées et la foule est en transe.

Il est 22h40. Bjork s'éclipse doucement sur la fin du morceau. Presque sur la pointe des pieds, comme s'il elle venait de commettre une bêtise : retourner le Théatre Antique et son public.

Il est 22h50. La foule semble s'attarder. La bataille de cousin se prolonge entre la fausse et le tribune. L'air est électrique. on s'attends presque à voir les disjoncteurs exploser!

Il est 23h15. Attablés à un bar de la Presqu'Ile avec des amis on débrieffe. Mais que c'est il passé ? On en est pas bien sûr. Était-ce un concert ? Était-ce autre chose ? Etions-nous des brebis égarées que la grande bergère arty Bjork a ramené dans le droit chemin ? L’impression est bizarre. On sait juste qu’on gardera longtemps en mémoire cette expérience.

Merci bien, Björk.