Logo théâtre Uchronie

Cette semaine, sur Lyon CityCrunch, les lecteurs prennent les commandes et publient des articles. Aujourd’hui, Marie voulait vous raconter sa visite du tout nouveau Théâtre de l’Uchronie.

Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à l’ouverture d’un théâtre !  Un nom intrigant quoiqu’un peu pompeux (« Uchronie » signifie son les maîtres des lieux « l’esquisse historique du développement d’une civilisation tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être »), un lieu improbable (la rue de Marseille) : il n’en fallait pas plus pour titiller ma curiosité.

C’est comment de loin ?

Facade theatre Uchronie

Alléchant. J’arrive un peu en avance pour étudier les lieux. Devant l’enseigne, quelques personnes patientent, certaines dévorant à pleines dents un kebab acheté en face. Bonne ambiance. Le lieu, entre une église, un call-center, des magasins de produits africains, une librairie et quelques snacks de tous les pays, est déjà tout un programme.

Dans la plus pure tradition de notre beau pays, les portes ouvrent à l’heure où devait commencer la pièce : on se croirait aux Célestins (quoi, j’exagère ?). En revanche, là où ça devient rigolo, c’est quand une dame s’avance sur le seuil, et qu’elle porte un de ces paniers noués autour du cou qu’affectionnent les vendeurs de chichis. Dessus, des billets et la caisse. C’est donc dans la rue qu’on paye sa place, directement sur le trottoir, une transaction qui n’est pas sans en rappeler d’autres qui s’effectuent Place du Pont, à deux pas.

C’est comment dedans ?

Intérieur théâtre Uchronie

Mini. On entre, et on comprend immédiatement pourquoi on paye dans la rue : la salle est plutôt… intime. 32 places, si on a bien compté. Mais pas d’inquiétude ! Les beaux fauteuils rouges sont tout confort, aucune chance d’atterrir sur les genoux des voisins. En revanche, on est au plus près des acteurs… Tellement que la canne d’une mamie du premier rang repose carrément sur la scène. Parlons-en, d’ailleurs, des mamies : elles étaient nombreuses, ce soir-là. L’une est arrivée en saluant la moitié des spectateurs, et que je te claque la bise, et que je t’invective une copine du fond de la salle, et que je te demande si tu vas bien Gérard, et ta fille, la forme ? Ca met un peu d’animation dans la salle, et heureusement car tout le monde se tient à carreau, presque trop.

Bien élevé. Je trouve ça un brin dommage car on n’est pas, justement, aux Célestins. Tant qu’à s’installer en pleine Guill’, autant assumer le côté « théâtre de quartier » et en jouer à fond en créant une ambiance plus chaleureuse, non ? Même si je comprends qu’un théâtre populaire ne doit pas être un théâtre au rabais, j’aurais bien aimé voir un peu plus de folie. D’autant que le public ne m’a pas paru très mélangé : en gros, j’ai eu l’impression d’avoir les mêmes voisins que j’aurais pu côtoyer dans les Centres Dramatiques Nationaux ou à la Maison de la Danse – personnes âgées, étudiants, cols blancs. C’est peut-être utopique de vouloir que les gens qui travaillent rue de Marseille viennent au théâtre rue de Marseille, mais ça vaudrait le coup d’essayer, non ? La pièce commence alors que je suis en pleine réflexion uchroniste, ce qui n’aurait pas déplu au Collectif McGuffin qui a fondé le théâtre.

C’est comment pendant ?

Un peu bruyant (mais c’est bien). Ceci n’est pas une pipe est une opinion personnelle : moi, j’ai bien aimé qu’on entende les trams qui passent dans la rue pendant la représentation. Qu’on saisisse au vol les conversations des gens qui parlent fort. Certains trouveront que ça gêne le spectacle, que ça empêche de se concentrer. Peut-être. Mais laissez-moi vous dire que ça crée aussi de belles perturbations, des moments où la vie s’immisce dans le spectacle, créant de chouettes désordres, des cataclysmes créateurs. Par exemple quand les basses d’une musique de kéké lancé à fond dans sa bagnole font trembler les murs du théâtre au moment même où sur la scène, le spectre de Jérôme Savonarole joue du clavecin… Dans un lieu comme celui-là, un lieu qui n’est pas hermétique au monde extérieur, on a l’impression que tout peut arriver. Et c’est peut-être le grand avantage du spectacle vivant sur le cinéma, non ?

Un peu sage sur la scène (mais c’est pas grave). J’ai trouvé la pièce que j’ai vue très classique et un peu alourdie par un dispositif strict : rimer tout le temps, c’est amusant mais un peu plombant au bout d’un moment…

Par contre, « Dernier refuge agacé dans les terres atomisées du royaume des souvenirs effacés parrationalité accélérée » était portée par une brochette de bons acteurs (big up à Solène Angeloni qui incarnait un émouvant Tallémand des Réaux), et une mise en scène gentiment transversale (musique et danse accompagnaient le jeu des comédiens). Les prochains spectacles ont l’air de faire encore la part belle au théâtre « classique » : pas forcément du répertoire classique, mais sans excentricités ni modernité excessives, ce qui plaira sans doute aux familles. Quant à moi, je pense que j’irai tenter ma chance au ciné-concert prévu du 23 au 27 avril. Et j’attendrai les spectacles de danse et de musique pour me faire une idée, parce que vouloir dire quelque chose d’un théâtre après y être allée une seule fois, c’est un peu absurde, non ?

Pour résumer

❤ J’ai aimé :

–          L’idée d’un théâtre de quartier à la Guill’, qui accueille non seulement du théâtre, mais aussi de la danse, de la musique, du ciné…

–          Le fait que le lieu n’est pas aussi lisse que ses congénères plus cotés

–          L a proximité avec les acteurs : impossible d’avoir de mauvaises places !

☁ J’ai moins aimé :

–          Le prix : 14 euros plein tarif, c’est relativement cher par rapport aux Subs, par exemple. Mais il faut dire que le théâtre de l’Uchronie n’est pas subventionné, à ma connaissance.

–          Le public moins bigarré que le quartier : c’est dommage.

Théâtre de l’Uchronie
19 rue de Marseille, Lyon 7e
www.theatredeluchronie.fr
www.facebook.com/theatredeluchronie

Sources Photo : Kollektif MacGuffin