Il arrive souvent que les lecteurs contribuent aux pages de CityCrunch. Aujourd’hui c’est Mélanie qui nous raconte les coulisses qui entourent l’installation « I love light » qui sera visible place Bellecour durant la Fête des Lumières. Des étapes qu’elle a immortalisées à l’aide de son appareil photo.
I <3 LIGHT
Cet été, en déjeunant avec une amie, j’apprends qu’elle va travailler sur une des installations de la Fête des Lumières Place Bellecour (NDLR : je suis une fan absolue de cette fête populaire, qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige).
Elle me donne les lignes directrices du projet : Des centaines de lampes mises au rebut, à l’ombre des placards et des caves vont reprendre vie avec l’aide de petites mains : celles du foyer des sans-abris pour la collecte et celles d’enfants du 9e qui vont les customiser. Une œuvre différente de ce qu’on peut voir habituellement et surtout qui a du sens, me dis-je.
Tu vois la petite ampoule qui s’allume au-dessus de la tête dans les dessins animés ? Pareil. L’occasion rêvée pour moi de passer de l’autre côté : celui des coulisses pour réaliser un reportage photos des différentes étapes.
La scénographe est partante et me propose de suivre en premier lieu un des ateliers à la Duchère avec les enfants de l’école des bleuets. Le lendemain, passage par le dépôt du foyer des sans-abris à Lyon 7 et enfin expédition dans la Loire, où je rencontrerai tous les concepteurs du projet.
Les petites mains
Mercredi, je suis accueillie par la directrice de l’école qui me conduit dans une des salles de classe. Un stock d’abats-jour blancs ou beiges, des feutres, des ciseaux, de la colle, des bouchons en plastique dans un camaïeu de rouge et de rose attendent l’arrivée des enfants. Dans un enthousiasme communicatif, ravis à l’idée de participer, eux aussi, à leur manière à la Fête des Lumières, ils écoutent sagement le briefing de Lucie et Sarah et se lancent, appliqués, dans la customisation.
Je retrouve mon âme d’enfant et participe au découpage, les aide à la conception et prépare, moi aussi, mon petit abat-jour cubique façon dé.
Hippolyte, Zak, Iyad, Nilal, Myriam, Isra, Amy et tous les autres dont j’ai oublié les prénoms, sont fiers de nous présenter leur œuvre et se prêtent volontiers au jeu des photos.
Alexandre le Grand
Jeudi matin, direction le foyer, rue de l’artillerie. Alexandre me fait faire le tour de l’entrepôt, me présente toute l’équipe et je découvre les quantités de jouets, bibelots, livres, vaisselle, mobilier en attente d’adoption. Il m’explique comment fonctionne le lieu. Les dons, le tri effectué par des personnes en réinsertion ou les bénévoles, les bric-à-brac (à l’instar des magasins «Emmaüs», le foyer a une activité de vente d’objets, vêtements et mobilier neuf et de seconde-main)…
Deux constats majeurs : le premier : il existe dans ce monde des personnes fantastiques qui s’engagent véritablement et rendent la vie meilleure aux personnes dans le besoin.
Le second : nous vivons dans une société de sur-consommation et nous préférons nous voiler la face sur le devenir de ce que l’on jette. Heureusement, de vrais petits lutins œuvrent dans l’ombre.
Les lampes arrivent sur un transpalette, elles quittent Lyon pour un petit relooking et je file au boulot, plus tout à fait la même.
Les Génies de la lampe
Vendredi, à une heure de Lyon, dans un entrepôt désaffecté, je rencontre toute l’équipe. Les grilles sur lesquelles sont fixées les lampes sont pour le moment à même le sol et je prends conscience de la dimension du projet et du kitch absolu de certaines lampes. Les goûts et les couleurs ça ne se discute pas. Enfin, là, on peut ?
Haaa, je vois «ma lampe» !! Je sais que c’est pas vrai, mais là, j’ai 10 ans.
Au départ donc, une brillante idée née dans la tête de Marion CHAUVIN, plasticienne et scénographe du collectif Fils de Créa, accompagnée dans ce projet par Adrien BERTRAND et Lucie BOREL.
Ils ont conçu ensemble ce projet collectif, participatif, écologique et social, qui a reçu le feu vert de la Ville de Lyon pour trôner place Bellecour aux côtés du Roi Soleil.
Elle bénéficiera ainsi, d’une belle visibilité et portera les valeurs de partage, de solidarité tout en renvoyant la dimension originelle de la Fête.
Par le biais des mairies de deux arrondissements et le réseau des foyers Notre-Dame des Sans-Abri, des centaines de lampes de chevet, de bureaux, de salons, donnés par les Lyonnaises et Lyonnais, ont été collectés pour façonner cette installation commune.
En lettres capitales hautes de 6 mètres, sera déclaré notre amour pour la lumière dont nous célébrons la fête, à Lyon traditionnellement le 8 décembre.
Quand elle me détaille le projet, un frisson me parcourt la colonne vertébrale et j’ai même un petit picotement dans le cœur. Sensible ? Moi ?
Christophe, Clémentine, Clara, Déborah, Nicolas, Jean-Philippe, Jérémie et Cécile ont, eux aussi, prêté main forte : ils ont choisi avec soin, organisé, attaché, branché les LED et mis en sons et lumières ces centaines de loupiottes.
Une œuvre monumentale, lumineuse et sonore
Cette constellation nous offre un véritable miroir de la société. Elle nous emmène en voyage dans l’intime, et invitera – j’en suis convaincue – les flâneurs semblables à des papillons de nuit à l’introspection et à la rêverie.
Toutes ces lampes sont autant d’histoires qu’elles ont à raconter : des peurs du noir qu’elles ont apaisées, des doudous retrouvés, des lectures au moment du coucher, des romans qu’elles ont permis de dévorer, des cours qu’elles ont permis de réviser, des lettres d’amour qu’elles ont éclairées, des pulls tricotés, des visages qu’elles ont illuminés, des ambiances qu’elles ont tamisées.
Phase de test : soudain, la lumière se fait douce, intense, vibrante. Je prête une oreille attentive : des battements de cœur puis un Gone explique « J’aime bien la lumière dans ma chambre parce que la lumière, c’est le soleil ». Émotion.
Coup de projecteur
Une partie des lampes seront restituées aux écoliers qui les ont customisées. Les autres seront rendues au Foyer qui prévoit une vente aux enchères. Les fonds récoltés permettront de soutenir les missions de l’association auprès des personnes démunies de la région. Et si vous souhaitiez faire un geste complémentaire, le Foyer a besoin de produits d’hygiène, mobilier, matériel électrique et électronique, vaisselle, livres, disques, jouets, décoration, vêtements etc. Propres et en bon état. Pour en savoir plus, c’est ici.
I ❤️ LIGHT © Fils de Créa
?Bande originale et sonorisation : Jérémie FURNO
⏰Du jeudi 8 au samedi 10 décembre 2022 de 20 h à minuit. Le dimanche 11 décembre 2022 de 18 h à 22 h
? Place Bellecour