Vous connaissez la marque de skate Cliché ?

Comment ça vous n’y connaissez rien en skate ? Hop, hop, hop, petite session de rattrapage pour les novices :
Il y a de cela une quinzaine d’année, alors que j’étais jeune et rebelle et que j’habitais une bourgade paumée du Nord-Pas-de-Calais (oui, oui, ça explique bien des choses…), Lyon représentait pour moi une ville très exotique (car très au sud), underground et superfun. Ouais, ouais : Lyon = exotique, underground, superfun. C’est ça, c’est ça, moquez-vous… Mais j’ai des circonstances atténuantes !

L’image que j’avais de Lyon c’était ça : les vidéos cultes « Panic in Lyon » et « Firework » par l’excellent (et lyonnais) Fred Mortagne aka « Bloody French Fred », l’un des réalisateurs internationaux les plus prolifiques et auteur de vidéos qui ont marqué l’histoire du skate. Ces vidéos s’échangeaient en V.H.S. dans les sacs à dos Easpack de mes copains skateurs (tee-shirt « skateboarding is not a crime », baggy, baskets de schtroumphs, calebut’ apparent…) (trop cooooooool).

Attention, voyage dans le temps ! Souvenez-vous, c’était en 1996 : vous révisiez pour le bac en matant « Friends » à la télé, vos « vieux » étaient « trop chiants », vous n’aviez pas de portable (et pas de loyer à payer) et Facebook n’existait pas.

Pour mes potes, ça a été une énorme claque de découvrir que dans une ville qui s’appelle Lyon, quelque part en France, il y avait des mecs qui faisaient des vidéos aussi chouettes que celles des ricains qu’ils trouvaient dans les magazines : avec des « spots » de folie (Hôtel de ville), des skaters qui enchaînaient les « tricks » avec une facilité déconcertante, un montage chiadé et de la musique qui dépotait!

À cette époque, Lyon était la capitale européenne du skate. Plusieurs skateurs y ont posé leurs roulettes et ont même fondé des marques de planches et de fringues, histoire de se libérer de l’industrie du surf et de payer les loyers de leurs squats des pentes de la Croix-Rousse (avant qu’elles ne soient envahies par les bobos-hipsters (comment ça j’en fais beaucoup ?)) : le skater émérite Jérémie Daclin fonde ainsi Cliché en 1997 et Hugo Liard, avec son style bien trash, lance Antiz en 2002. Deux marques qui existent toujours.

Et puis, tout mouvement de mode a ses cycles : le grand public s’est un peu lassé du phénomène skate, les skaters ont délaissé Lyon pour Barcelone (paraît qu’on peut y boire des mojitos au litre pour moins de 10 euros…), les mômes ont commencé à demander des trottinettes au père-Noël, la crise est passée par là, les fractures des poignets aussi…

Et puis, tout mouvement de mode a ses cycles : des mômes se sont lassés de leurs trottinettes, ont ressorti les planches qui dormaient au fond du garage et ont relancé le mouvement en leur apportant leur touche de modernité, notamment en skatant en jeans-slim (ce qui est quand même très étrange).

On peut le dire : Lyon est actuellement en train de reprendre ses droits en tant que capitale européenne du skate.
Une nouvelle marque, Blaze Supply, vient d’être lancée, le superbe Gone Skateboard magazine est distribué gratuitement dans les skateshops et le skatepark de Gerland a enregistré 30 000 entrées sur 2010 (skate, bmx, roller et trottinette confondus…).

C’est Jérémie Daclin himself qui me l’a dit : « À Lyon, on a une super dynamique – plus qu’à Paris ou Marseille – et cette dynamique attire beaucoup d’internationaux des différentes teams. »

Preuve en est : en plus d’avoir d’excellents Lyonnais (JB Gillet, Charles Collet, Flo Mirtain…) dans sa team, Cliché fêtera donc ses 15 ans à la galerie Spacejunk de Lyon ce jeudi 15 novembre avant de tourner à Londres et Barcelone. Une soirée unique, donc, lors de laquelle on pourra découvrir une exposition de l’artiste Chet Childress.

À Lyon, le skate est mort, vive le skate !

(To be continued)

Photos : Franck B.