Je ne vais pas vous raconter de bobard, j’avais vaguement entendu le nom de la danseuse et chorégraphe Maria Pages mais je n’étais ni fan ni connaisseuse avant de me rendre à son spectacle, Utopia, au théâtre antique de Fourvière. Ce n’est pas pour autant que je me suis précipitée sur le programme distribué à l’entrée pour en savoir plus sur ce que j’allais voir quand la nuit allait tomber sur la scène.

Personnellement je trouve qu’il n’y a rien de plus décourageant qu’un descriptif de ballet. Obscur, quand ce n’est pas sibyllin, prétentieux souvent, verbeux toujours et s’adressant à un public d’happy few au cas où quelques néophytes s’aventureraient sur ce terrain. Il y a peut-être  différentes façons de rentrer dans l’univers de la danse mais en ce qui me concerne je me mets mon cerveau de côté. Je ne cherche pas à comprendre les intentions du créateur,  à lire son message à travers ses costumes, chorégraphies ou décors, je n’essaie même pas de trouver une  histoire . Je me laisse porter par ce que je ressens et ça tombe bien parce que s’il y a bien une danse qui joue avec les sensations du spectateur c’est le flamenco.

Tout commence avec les voix éraillées de la chanteuse et du chanteur sur scène. Les guitares s’en mêlent, Lyon s’éloigne…on s’imagine en Andalousie ou dans un film d’Almodovar. Et puis les danseurs et les danseuses, immobiles derrière leur chaise jusqu’à présent, se mettent en mouvement, le martèlement de leurs talons envahit l’espace et on est totalement happé.

Après ce premier tableau, Maria Pagés, tout de noir vêtue, longue natte jusqu’au milieu du dos, apparait. Elle est seule mais occupe pourtant toute la scène de sa présence. Ses mouvements sont précis, puissants, emplis de rage ou de désir…question d’interprétation. Elle revient plus tard avec une jupe à volants qui n’en finit pas de tournoyer comme pour hypnotiser le public. On craint qu’elle se prenne les pieds dans les mètres de tissu au sol mais chaque pas est calculé et alors que le reste de la troupe frappe le rythme en joignant les deux paumes de leurs mains, elle va jusqu’au bout et on ne peut la quitter des yeux.

Malgré tout, j’ai encore plus apprécié les tableaux en groupe et en particulier ce passage où danseurs et danseuses apparaissent dans une semi-obscurité. Pas de musique pour les accompagner, juste le son de leurs pas et leur allure si fière…l’instant est magique. Les gestes paraissent aisées mais la technique est sans faille, je reste sans voix devant ces corps qui semblent puiser leur énergie dans le sol pour mieux le repousser….

Même si Utopia reprend tous les codes du flamenco (du costume à l’éventail en passant par la gestuelle), il s’ouvre à d’autres influences, se conclut sur un morceau de musique brésilienne et moi j’ai descendu la colline de Fourvière des fourmis plein les jambes avec l’envie de danser…

crédits photos : Nuits de Fourvière