A mon arrivée sur Lyon, il y a tout juste 2 décennies, je m’étais installée place Carnot, dans un appartement de bonne appartenant à 2 vieilles sœurs bourgeoises du très huppé quartier d’Ainay/Charité. Cet appartement m’impressionnait. C’était un grand meublé haut de plafond, ornementé d’une grosse cheminée en pierre, de tomettes rouges et de vieux tapis que nous avions bazardé ma colloc et moi dans un coin d’alcôve derrière une immense armoire normande. Aujourd’hui, je tuerais (ou coucherais avec Stéphane Plaza) pour avoir chez moi au moins un seul de ces critères. Mais à l’époque, tout ça me fichait la trouille. J’avais peur de cet appartement, je trouvais la façade de l’immeuble affreusement ostentatoire, le quartier sordide et je ne m’attarderais même pas sur ses habitants.

C’était à mes yeux le pire endroit pour une jeune de 18 ans fraîchement débarquée à la grande ville. La Place Carnot, souvent décrite comme un véritable coupe gorge (ce qu’elle était à la nuit tombée), nous était clairement déconseillée. Je ne la traversais qu’une fois par semaine, au pas de course, pour rejoindre mon car à la gare de Perrache qui me ramenait chez mes parents.

D’un côté, la rue Victor Hugo et ses enseignes tentatrices. Pour une étudiante sans le sous, le Mac Do et la boutique de bonbon Glups représentaient le diable. Pour ne pas me laisser tenter, je m’aventurais donc régulièrement rue Auguste Comte et laissais glisser mon regard sur les vitrines dorées des antiquaires.

La première de la rue, c’était Marilyn Antiquités.
Combien de fois je me suis attardée devant cette boutique, la main sur la poignée, le nez collé aux carreaux, sans pour autant oser en franchir le seuil. Les innombrables yeux vides des poupées flippantes semblaient me dire que je n’avais pas ma place ici (et qu’accessoirement, j’allais mourir dans d’atroces souffrances). Passe ton chemin petite étudiante. Tu n’es pas de ce monde.
Dans le fond, j’apercevais une mystérieuse femme rousse se faufiler entre les vitrines troubles, les dégueulis d’objets poussiéreux et les montagnes d’argenteries.
Une sorcière ou une fée ? Elle était pour moi à l’image de ce que représentait Lyon à mes yeux. Une ville autant inquiétante que fascinante dans laquelle je ne trouvais pas ma place.


20 ans plus tard, j’ai enfin poussé cette porte. J’y ai découvert des trésors insoupçonnés de vieilleries charmantes, porcelaines fleuries, verroteries kitchissimes, ou bagues élégantes. Autant d’objets magnifiques, vestiges d’un passé pour lequel j’ai aujourd’hui de la considération, voire de l’affection, certains d’entre eux m’évoquant l’esprit moqueur et enfantin de ma grand-mère.

 

Marilyn est toujours là, depuis 28 ans. Et ses histoires, quand elle ne se perd pas en digressions infinies (comme le fait qu’elle va préférer faire ses courses au Carrefour City de la rue des remparts, par exemple), sont touchantes. Véritable personnalité du quartier, elle délivre avec beaucoup de passion ses conseils d’experte en poupées anciennes, ornementant ses récits de quelques mythologies personnelles assez farfelues.
Toujours est-il que je me suis laissé piéger par ses charmes et l’aura de sa caverne. Je suis ressortie de là avec l’indispensable (une broche fleurie en faïence) et le superflu (4 adorables minis cendriers en porcelaine à moins de 2€ pièce).

Mais surtout, heureuse de me réconcilier avec ce bon vieux quartier que j’adore aujourd’hui traverser.


Marilyn Antiquités
🏠 55 Rue Auguste Comte, 69002 Lyon
04 72 41 88 12 ou 06 66 52 18 98
🚇 Métro Perrache
Ouvert du lundi au samedi de 15h30 à 20h