Qyrool vous l’a annoncé la semaine dernière, cet été, nous inaugurons une toute nouvelle formule sur Lyon69 pour suivre l’actualité d’un festival qui nous est cher, les Nuits de Fourvière. A travers un Fil Rouge Nuits de Fourvière, nous allons vous présenter chaque lundi un spectacle vu la semaine précédente, et nos coups de coeur de la semaine à venir.

Cette semaine, c’est donc moi qui m’y colle, avec We Were Horses, vu mercredi dernier. Et comme le disait Qyrool la semaine dernière, j’ai un peu la pression, car s’improviser critique, ce n’est pas simple du tout.

We Were Horses

We were horses est la dernière création de Bartabas et Carolyn Carlson. Le pitch en deux mots : de la danse moderne, des chevaux, une musique de Philip Glass, Music in Twelve Parts.

Une soirée aux Nuits de Fourvière

Je me suis rendue mercredi dernier à Fourvière avec un minimum d’a priori. J’ai appris par expérience que les meilleures surprises artistiques, pour moi en tout cas, viennent d’un esprit ouvert et prêt au meilleur comme au pire. Je n’ai jamais vu de spectacle de Bartabas. J’aime la danse moderne sans être une spécialiste. Je n’aime pas particulièrement les chevaux, ni les spectacles mettant en scène des animaux, de manière générale. Cela ne me dérange pas, mais cela ne m’attire pas. On dira donc qu’artistiquement parlant, j’étais un peu en dehors de ma « comfort zone » ce soir là. Pour accentuer l’effet, j’étais seule, invitation « presse » oblige. Je ne savais pas quelques minutes avant le spectacle que la musique était de Philip Glass. Je ne dirais pas que j’aime sa musique, mais elle m’intrigue et ne me rebute pas. Je m’installe donc dans l’amphithéâtre ne sachant pas réellement à quoi m’attendre, si ce n’est à 1h30 de spectacle qui potentiellement peut me plaire ou me déplaire absolument.

Les premières minutes, je les passe à m’émerveiller de la scénographie des Nuits de Fourvière, comme souvent. La scène a été transformée en une piste où évoluent danseurs au centre et chevaux autour. La musique est assourdissante, entêtante. Je ne sais pas si je vais réellement aimer ou m’ennuyer. Les minutes passent. La danse et la course des chevaux autour de la piste s’accélèrent. Musique, danse, chevaux, musique, danse, chevaux, tournoiements, traversées de piste à plein galop. Je me perds dans le spectacle, j’oublie un peu où je suis, je n’ai plus conscience de l’heure qu’il est. Suis-je là depuis quelques minutes ou déjà plus d’une heure ? Le spectacle évolue sans que l’on sache vraiment vers quoi. Y-a-t’il un récit derrière ces courses et tournoiements ? Je l’ignore.

L’ensemble a un côté très hypnotique. Je me laisse emporter, apprécie la beauté du spectacle, tremble de voir les chevaux parfois si proches de la catastrophe quand ils quittent la piste en frôlant les murs de scène. Un avertissement avait été fait en début de représentation, nous recommandant de ne pas crier, applaudir ou risquer quoi que ce soit pouvant affoler les chevaux, encore moins jeter nos coussins comme il est de coutume. Fourvière est donc calme comme jamais. Et soudain, un sifflement. Une voix qui s’élève. « C’est inadmissible ! Faire tourner ainsi des chevaux, et personne ne dit rien ! Mais ce sont des animaux, quand même ! » Un ange passe. Le spectacle continue comme si de rien était. Je me retrouve happée à nouveau par la musique et les tournoiements mais je sens que quelque chose s’est brisé pour de nombreux spectateurs qui oscillaient déjà entre ennui poli et agacement, et que l’interruption a fait basculer. Mes voisines qui avaient déjà du mal à se contenir râlent, soufflent, pestent. J’essaye de garder mon calme.

Silence.

La musique s’est arrêté. Le spectacle est fini. J’aimerais en sortir comme d’un rêve, paisiblement. Mais mes voisines ont déjà commencé leur travail de critique, à la machette. « Aaaah, ben c’est pas trop tôt. Ah, tout le monde doit soupirer de soulagement, là ! » Carolyn Carlson entre sur scène. « Ah, c’est elle, certainement qui a eu cette bonne idée de musique, ahahahah. Bravo. Vraiment. Quelle idée ! »

Aux premiers applaudissements discrets répondent une vague de « chuuuut » couroussés des spectateurs tendance bons élèves, toujours effrayés d’énerver les chevaux. Puis progressivement, le public comprend que oui, il peut applaudir. Tout restera très calme. Des applaudissements polis, voire gênés. Des critiques à voix basse, ou moins basse. Je finis par demander à mes voisines de garder leurs commentaires pour plus tard. Regards outrés. Eh oui, désolée, mais moi j’ai aimé.

Peut-être, contrairement à la majorité du public, le fait de n’avoir jamais vu de spectacle de Bartabas m’a aidé à entrer dans cette représentation. Je n’attendais rien et je me rends compte aux commentaires que j’entends de part et d’autre que les attentes d’une majeure (?) partie du public étaient très différentes. « Je m’attendais à plus spectaculaire« , « on voyait à peine les danseurs », « les chevaux ne faisaient que tourner », « tout cela n’était pas très bien coordonné », « oui c’était joli, mais il manquait quelque chose », « cette musique gâchait vraiment tout »

We Were Horses ne sera certainement pas le coup de coeur 2011 du public des Nuits de Fourvière, mais pour ma part, je n’ai pas regretté mon choix un instant, juste mon choix de voisinage à tendance « amatrices de Paris Turf  » ! La prochaine fois, j’emmène des esthètes sachant respecter le silence avec moi histoire d’être entourée d’une bulle de compréhension… A bon entendeur !

Que voir aux Nuits de Fourvière cette semaine ?

Cette semaine, la programmation des Nuits s’oriente vers le théâtre, avec I am the Wind de Patrice Chéreau, de mercredi à samedi à 22h, à l’Odéon. Il reste des places et dans la team Lyon69, c’est Milie qui s’y collera et vous racontera tout ça !

Vendredi et samedi, c’est Toutaristophane, à 20h. Et il reste également des places, a priori.

Et dimanche, les concerts commencent, avec Milkymee (une jeune lyonnaise dont on vous recommande la jolie voix), AaRON et Yodelice (complet). Une programmation qui déplaiera aux esthètes mais que je vous recommande pour ma part, ayant déjà vu et apprécié Yodelice à Fourvière l’année dernière et étant une tueuse sur AaRON à Singstar !

…Et je clos l’article sur cette phrase qui me fait sortir d’office du cercle des wannabe critiques artistiques. Adieu, monde cruel ! ^^