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Aujourd’hui, Amandine , Lyonnaise d’adoption, Parisienne de formation et Jurassienne de fromage, avait envie d’en savoir plus sur la mythique pizzeria Napoli (qu’on avait mentionné dans notre TOP 5 des pizzas à Lyon)

« Oooooh non !… »

Nicolo lève les bras au ciel. Son sourire accueillant s’est transformé en exclamation contrariée lorsque je lui ai dit que c’était moi qu’il avait eue au téléphone et que je venais pour l’interview.

« Mais pas maintenant ! Il y a trop de monde là ! »

Son accent italien, après 36 ans passés à Lyon, est intact. Je le rassure : j’ai prévu de manger avant.

« Bon mettez-vous là, mettez-vous là. Comment ça vous voulez commander ma pizza préférée ? Pourquoi vous voulez ma pizza préférée à moi ? Je vais demander à mon frère ».

Il disparait dans les bruits de conversation, de couverts et les sonneries du téléphone du restaurant qui s’égosille dans l’indifférence générale. Nous sommes samedi, il est 14h, la salle est bondée. Un serveur qui a oublié de sourire zig-zague entre les tables, il a redressé le col de son polo, découvrant en-dessous les trois couleurs du drapeau italien. Le mur est couvert de photos de sportifs, de journalistes et de quelques humoristes (on reconnait Alain Chabat et Alexandre Astier), de maillots de foot et de plaques d’immatriculations américaines. Trois grands-pères assis à la table derrière moi s’émeuvent de leurs spaghettis : « ils sont comme je les mangeais en Italie ! » (bon, ils ont aussi dit que j’avais l’air d’avoir 22 ans, on peut donc émettre de sérieux doutes quant à leur complète lucidité.)

Le patron revient en chantant très fort un air italien façon la Belle et le Clochard avec un verre de rouge et une pizza « atomique » (c’est le nom qu’ils ont donné à leur regina). Mais avant que j’aies eu le temps d’enfourner une large tranche gratinée et odorante dans ma bouche arrive le frère, Franco, patron côté cuisine. Il tire une chaise et me raconte leur histoire.

Questions pendant que ma pizza refroidit…

Comment vous vous êtes retrouvés à gérer une pizzeria à Lyon avec votre frère ?

On vient d’une famille de pizzaiolos et dans les années 50 un de nos grands oncles a quitté la Sicile pour ouvrir une pizzeria ici, à Lyon. Il a fait partie des pionniers de la pizza en France. Il voulait faire connaître la pizza et la cuisine italienne aux Français. Et après notre grand-oncle, c’est notre père qui a pris le relais. En parallèle un autre grand-oncle a fait la même chose aux États-Unis.

Faire découvrir la pizza aux Français, c’est noble ça ! Et c’est les mêmes recettes qu’à l’origine ?
Tout à fait. Aucune recette n’a changé.

Et vos enfants, du coup, ils perpétuent la tradition ?
Mes deux enfants étudient à l’institut Bocuse, un en management, un en culinaire, chez eux ils disent pas cuisine, ils disent culinaire. Mes neveux ont été formés par nous et ont ouvert un autre restaurant, la Scala Sicilienne, dans le 3 e arrondissement de Lyon.

Et vos épouses, vous les avez connues ici ?
Oui, mais elles sont italiennes. Elles travaillent avec nous, on fait tout en famille. Mon épouse est ici et ma belle-sœur à la Scala, avec ses enfants. Ça fait 36 ans qu’on est ici donc on se sent très lyonnais. De toute façon les coutumes siciliennes ont beaucoup de similarités avec celles les vielles familles lyonnaises : sens de la famille, loyauté, fidélité en amitié. Quand on a un ami on a un ami. La famille c’est un clan, quand il y a un problème on le résout entre nous.

Et des problèmes vous en avez souvent ?
Bien sûr. Tous les matins il y a un nouveau problème !

Comment vous vous êtes retrouvés à avoir des photos de stars partout sur vos murs ?
Ça a commencé en 1991 (le restaurant existait depuis 1966) quand Pete Sampras, bientôt n°1 mondial du tennis, venait manger chez nous à chaque fois qu’il était à Lyon. Un jour on s’est dit qu’on allait faire une photo et ensuite quand des footballers de l’OL venaient ils réclamaient leur photo aussi. Au début des années 2000 on est devenu très copain avec Rémy Vercoutre, qui a amené d’autres joueurs, des journalistes… et ça a fait boule de neige. Notre réputation s’est construite sur le bouche à oreille et on a eu plein de célébrités avec qui on a pris plein de photos. Mais on a choisi de n’afficher aucune photo avec des politiques.

Il y a aussi des plaques d’immatriculation, ça vient d’où ?
La plaque de notre oncle aux Etats-Unis c’était le nom de son restaurant, et quand il a changé de voiture je lui ai demandée. Elle est dans mon four. On a raconté cette histoire et depuis, quand on a des clients qui vont aux Etats-Unis ils en ramènent, c’est une façon pour les non célébrités d’être accrochés au mur aussi.

Et avoir des rapports avec les célébrités comme ça, c’est un truc de famille ?
Oui, on a toujours été en contact avec les célébrités. C’est dans les gènes. Je pense que dans une autre vie on était dans le show business.

Du coup les photos vous les mettez aussi sur votre site dans une rubrique que vous avez appelée « nos amis », c’est parce que ça attire plus de gens ?
Non, le site internet il est pas pour vendre, il est pour partager !

Ah, la fameuse générosité des Italiens.
Sinon, pour ceux qui s’inquiétaient, la pizza n’était pas froide après l’interview, elle était même délicieuse. J’ai fini avec un tiramisu à se damner. On dirait pas comme ça, mais les footballers ont bon goût.

Pizza Napoli chez Picolo & Franco Morreale
🏠 45 Rue Franklin, 69002 Lyon
🚇 Métro Ampère
⏰ Ouvert midi et soir du mardi au samedi
pizzeria-napoli- lyon.com