Prunelle-Lyon-escalier

Si vous vous êtes baladés dans les Pentes de la Croix-Rousse ces derniers jours, vous avez peut-être aperçu (voire même arpenté) un curieux escalier. En effet grâce à quelques habitants du quartier, l’escalier Prunelle a pris des couleurs… Et quelles couleurs ! Intrigués, nous sommes allés à la rencontre de l’instigateur de cette fresque participative.

Bonjour Génaro, comment t’est venu cette idée ?

A travers mes voyages en Amérique du Sud. Au Brésil, mais surtout au Mexique, avec ses grands peintres muralistes : Diego Rivera en tête of course (dont la fille a d’ailleurs déclaré Lyon Capitale internationale de la fresque murale après Mexico, grâce aux fresques de la Cité de la Création), mais aussi Juan O’Gorman et David Alfaro Siqueiros. Puis mon goût prononcé pour le street art et l’art urbain en général, qui remplira, j’en suis sûr, les musées de demain (ça a déjà commencé d’ailleurs, avec JonOne par exemple). Ce seront nos grottes de Lascaux ou de Chauvet ;-). Et par la suite, j’ai découvert le Stair’Art, plutôt répandu au Brésil.

Enfin, l’ambiance particulière des Pentes, les nombreux apéros que nous organisons sur l’espace public, ouverts à tous, où les discussions vont tous azimuts. Et souvent revient « l’envie d’embellir son quartier ». Du coup, quand tu mélanges tout ça, sur cet arrondissement un peu particulier qu’est le 1er, l’intérêt affiché de la mairie du 1er envers l’art et le street art en particulier, et les nombreux escaliers qu’on trouve sur les pentes, dont certains assez « tristes », le puzzle était complet.

Il faut qu’on rende joyeux et colorés des escaliers, avec un motif élégant mais assez « simple » pour permettre aux habitants de 3 à 127 ans de participer à sa réalisation. J’ai alors réfléchi à l’aspect qui ferait sens en prenant tout cela en considération. Croix-Rousse, participatif, joyeux, contemporain ; arrive l’évidence de Joseph-Marie Jacquard, son métier à tisser, les Canuts, et surtout son fameux motif Jacquard. L’art contemporain européen et mon attirance pour Mondrian, ainsi que la touche d’Amérique du Sud qui me tenait à cœur initialement. Inspiré de ce qui se fait au Brésil, le motif apparaît. Jacquard, Mondrian et Quetzalcoatl vont se marier sur les escaliers ! 😉

Escalier Prunelle Lyon 1

Avez-vous opéré en mode sauvage ou bien avez-vous obtenu une autorisation de la Mairie ?

Mode pirate, pour revivre mon adolescence de graffeur, j’aurais bien aimé. Mais non, là on passe à un autre registre. J’ai pensé le projet il y a quelques mois et me suis collé, avec l’aide des services techniques de la Mairie du 1er, à tout le protocole de validation institutionnelle. Le projet est donc passé durant 3 mois par tous les services de la Ville et de La Métropole. Voirie, Sécurité, Propreté, Urbanisme, Bâtiments de France, Patrimoine… Quelques réunions avec plein de monde autour de la table.

Il a fallu les rassurer sur la sécurité du projet (ils avaient très peur que cela glisse les jours de pluie, par exemple), sur sa praticabilité pour les déficients visuels ou les personnes âgées, sur les délais de réalisation, sur la pérennité et l’entretien de l’œuvre pour ne pas retomber dans un délire à la Buren et la place des Terreaux, etc. J’ai appris plein de choses d’ailleurs 😉

Je suis donc parti en quête du « partenaire peinture » qui pourrait m’épauler sur tous ces aspects techniques. Et j’ai trouvé Zolpan, fabricant de peinture lyonnais qui fabrique en Auvergne. Bingo, on rajoute en plus le côté éthique et circuit court.

On a ainsi planché sur la glissance : on charge la peinture de silice pour créer du grain qui persistera malgré la pluie, on fait des échantillons et on passe haut la main le crash-test des services techniques de La Métropole, qui est elle-même au passage impressionnée par le procédé mis en place. Ils le retiendront 😉

Au final, toute la chaine a dit oui. Banco, vous pouvez y aller.

Concrètement comment s’est déroulée l’installation de cette œuvre ?

Ensuite ça a été relativement simple :échanges verbaux avec les habitants du quartier pour leur dire que le projet voyait le jour, affiches dans toutes les allées du quartier pour appel à participation, et tractage dans les boites aux lettres par la mairie du 1er dans un large périmètre des immeubles autour des escaliers. On a annoncé 2 week-ends de peinture : 2 samedis et 2 dimanches, de 6h du matin à 20h.

En tout, une centaine de personnes ont participé à la réalisation. De Marion, 3 ans, à Paulette, notre doyenne de 84 ans, qui habite le quartier depuis 60 ans 😉

escalier prunelle lyon 2

Que retiens-tu de cette expérience ?

Qu’on se dit beaucoup de choses autour d’un pinceau 😉
Que les habitants aiment être associés et participer à l’évolution de leur quartier.
Que même un quartier comme la Croix-Rousse est en manque de relations humaines « simples ».
Que les gens ont ri et se sont dévoilés pendant tout le temps passé ensemble.
Que plein de rencontres se sont faites, de personnes vivant dans le même secteur et qui n’avaient pas l’occasion de se parler ou n’osaient pas.
Qu’il est bon de se lever à 5h, même un week-end pour aller boire un café dans la rue avec son voisin quand il a encore les yeux collés.
Que c’est très drôle l’ambiance de chantier.
Que l’art est apprécié par bien plus de gens qu’on ne l’imagine quand on le rend « accessible » et qu’on le sort un peu des milieux institutionnels où il est attendu et réservé à un public dit « averti ».
Que ça permet de bien manger en plein air en goutant à la savoureuse cuisine des voisins 😉
Que le « co » est forcément la réponse à notre société qui devient de plus en plus complexe pour certains :collaboratif, coordonné, copiloté, coworké, etc.

Et qu’on vient surement de créer un nouveau spot à touristes 😉 C’est impressionnant le nombre de personnes qui sont déjà passées pour « venir voir » et prendre des photos, en disant « whaoooooouh, comme c’est beau » 😉 Et pour paraphraser deux artistes qui avaient oublié d’être cons :

« L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » Robert Filliou

« L’art lave notre âme de la poussière du quotidien » Pablo Picasso

Va-t-on voir apparaitre d’autres escaliers colorés dans Lyon prochainement ? Ou était-ce un one shot ?

L’envie me/nous démange bien sûr. J’ai déjà plein d’autres idées avec d’autres procédés techniques : « stickers » ou « lino » par exemple, qu’on poserait sur les contremarches pour faire des vues en anamorphose, ou « escaliers/jeu » type marelle géante ou encore « mots croisés », peinture « coulée de lave », etc.

Et les escaliers ne manquent pas sur Lyon 😉

Merci Génaro pour ces réponses, bonne chance pour rendre les escaliers de Lyon plus insolites.

11 commentaires

  1. Bonjour,
    je trouve l’histoire très sympa.
    Pourtant, je suis atterrée du nombre de fautes d’orthographe et de grammaire dans cet article !
    A commencer par escalier qui est un nom masculin.
    Faites un effort : demandez une relecture à quelqu’un qui voit les fautes !
    Bonne continuation,
    Sophie

    1. Bonjour,
      Merci de ce retour qui permet à l’équipe de maintenir des points de vigilance. Néanmoins, si vous êtes familière du blog, vous verrez qu’il n’est pas dans nos habitudes de publier le week-end. On se laisse aussi le droit de poster des articles « coup de coeur » comme celui ci, qui sortent donc de notre process habituel de publication, et donc peuvent manquer de relecture… pour le partager avec nos chatons lecteurs au plus vite.
      Bonne continuation également, et un bon régal des yeux pour ceux qui emprunteront peut-être cet escalier demain !

  2. @LaSof
    C’est marrant moi je n’ai remarqué aucune faute d’othographe, peut-être parce que j’étais tellement intéressée par le contenu que mon cerveau n’a même pas fait attention à ça… Je suis fatiguée des personnes qui se plaignent de l’orthographe !! L’Art, la Créativité, comme cet escalier multicolore, au lieu de tout gris, c’est dépasser les limites, sortir du convenu.
    Vous tous qui vous plaignez de l’orthographe des uns et des autres mais qui allez visiter des musées en payant le billet d’entrée êtes-vous si enfermés dans vos conventions, si peu créatifs que vous ne puissiez accepter le mot ortografe ?
    D’accord pour les racines latines… mais si les artistes en étaient restés au figuratif il n’y aurait pas eu Picasso !
    Que pensez vous de simplement vous auto-gargariser de votre savoir, érudition, exactement comme certains « critiques d’art » le font, en vous regardant dans un miroir (en soi « s’auto-gargariser de… en se regardant dans un miroir est une belle oeuvre d’art) et d’accepter Artistiquement que se côtoient orthographe et ortografe ?
    Au nom de l’Art selon les citations de Robert Filliou et de Pablo Picasso, Merci.

  3. Bonjour,
    J’habite un des immeubles qui longe la rue Grognard (toute en excaliers). Serait il possible d’y initier un projet identique et de profiter de votre expérience?

  4. Une idée bien artistique….une démarche bien humaniste…Un projet bien généreux…Une réalisation bien belle…Toute une philosophie de la vie…à « gravir »!! Bravo!!

  5. C’est amusant, je suis passée par hasard par cette escalier la semaine dernière et je m’étais dit que c’était vraiment une super idée 🙂
    En plus le soir, quand la nuit est tombée (c’était le cas pour moi) il reste très visible et permet de mieux se repérer + éviter de se retrouver par terre. Donc une vraie super bonne idée ! J’espère que d’autres escaliers seront re-peints

    1. Bien d’accord, aimant courir le soir, le passage par cet escalier est particulièrement sympa car très visible et redonnant des couleurs à la nuit.

      Il y avait d’ailleurs, pas loin de là, montée de Vauzelle, un escalier avec le décompte des marches. ça donnait un côté gratifiant à son ascension 🙂

      Au vu de la popularité du running dans les pentes, habiller certains escaliers en hommage à cet usage serait vraiment sympa; la montée Coquillat et la rue Grognart s’y prêteraient bien par exemple 🙂

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