twee

Souviens-toi, c’était début juillet… autant dire une éternité dans le continuum espace-temps de la hype. Tu as peut-être vu passer cette info alors que tu parcourais d’un œil distrait le fil d’actualité défilant sur ton écran 5 pouces. Absorbée par la dégustation de ton cupcake rose et de ton latte au comptoir de ton café éthique bio et coworking-friendly préféré, tu as surtout pensé à sortir ton chargeur de ton sac à main tellement vintage déniché dans une toute nouvelle friperie tendance des Pentes et à partager l’une des multiprises du comptoir avec un jeune homme glabre avec la raie sur le côté et pas de tatouage dépassant de son polo mauve. Et tu n’as pas vraiment prêté attention à cette info. Puis tu es sortie, après avoir regardé quelques vidéos de chatons, et tu as profité paisiblement d’une belle journée d’été…

Début juillet, donc, l’info est tombée ici et , et même . Plusieurs articles parlaient des « Twee », cette génération de jeunes vieux qui aiment les chatons, les cupcakes, le fait maison, le vin biodynamique, les films mièvres, les foodtrucks et les filtres Instagram. Donc un article sur toi, miss cupcake rose, latte équitable et friperie tendance, oui, TOI ! J’ai commencé par croire à une bonne blague : non, pas possible, des journalistes sont venus en loucedé à l’une des soirées LCC et les résultats de leurs observations ont été tellement énormes qu’ils ont décidé non pas d’en faire un papier, mais de créer carrément  une nouvelle tendance, voire une nouvelle catégorie sociologique, soyons fous ! Mais développons un peu (durablement, bien entendu)…

La génération Twee se définit par toute une série de références culturelles rose bonbon ainsi que par un comportement ouvert et gentil, limite naïf, d’où tout cynisme est banni. C’est donc un être aux contours extrêmement vagues mais fondamentalement orienté poney qui chie des arcs en ciel. On aurait presque envie d’ajouter que les Twee sont niais, lisses et immatures. Mais ça c’est parce que le méchant hipster qui sommeille en nous n’est pas encore totalement mort, bien qu’étouffé sous une fraîche mais néanmoins dense couche de normcore. Pour mémoire, le normcore est l’improbable enfant mal assumé des créateurs de tendance du Chasseur Français et du mouvement hipster, ce dernier étant lui-même un dinosaure sociologique qui est au style ce que la franc-maçonnerie est aux unes des hebdos : un sujet qui déchaîne les passions mais auquel personne n’a jamais rien compris.

cupcake + arc-en-ciel = combo Twee ultime

cupcake + arc-en-ciel = combo Twee ultime

Non, on ne dira pas que les Twee sont des nazes, et pour cause : si l’on jette un œil à la liste des références et des activités généralement citées pour les qualifier et si l’on compte un point à chaque fois que ça nous parle, inutile de prendre un papier et un crayon, on sait tous qu’on va faire un énorme score. Parce qu’on est tous un peu Twee sur les bords (du Rhône) ! La preuve :

-Les foodtrucks (parce qu’on fait en moyenne un article tous les 15 jours sur un nouveau foodtruck lyonnais!)

-Les ukulélés (oui, bon, les guitares et les djembés sur les berges les soirs d’été ça compte ?)

-Le Do It Yourself (parce qu’on aime bien faire des trucs avec nos petites mains même si des fois ça rate)

-Le site Pinterest (parce qu’on est au top du ouèbe)

-Les films de Wes Anderson (parce qu’on est cinéphile dans la ville des Frères Lumières, non mais)

-Le Velvet Underground, Morrissey, Kurt Cobain (mais pas Nirvana), Belle and Sebastian, Nick Drake… (parce qu’on est des mélomanes des bon goût ici non mais sans blague)

-Les cupcakes (mais surtout les burgers)

-Le yéyé ringard français (parce que dans un karaoké ça reste une valeur sûre)

-Les petits chats (mais grave !)

-Le cardigan, les tote bags (sans oublier les Birkenstock et les chemises avec des imprimés ananas, on est tendance ou on ne l’est pas)

-Brooklyn (ou les Pentes, épicentre mondialement reconnu de la hype)

-Prendre des photos avec des filtres Instagram (oui, surtout des photos de burgers)

-Un vélo aux couleurs chatoyantes (fabriqué à Saint-Etienne si possible !)

-Fabriquer ses confitures, ses compotes… (avec des bons fruits et légumes de paniers bios), voire sa propre bière (et hop, comment récupérer 2 500 lecteurs d’un coup !)

En résumé, et pour essayer de faire simple, ce concept étant quand même assez nébuleux, le Twee serait une sorte de néo-hipster mais en plus sympa et moins surfait, plus Candy et moins Albator, plus bière locale à la terrasse d’un bar associatif et moins Cosmo hors de prix dans un lounge de Confluflu, plus développement personnel et moins développement d’applis.

Alors, véritable révolution culturelle ou création de journaliste en mal de sujets pour l’été ? Le Twee va-t-il totalement et durablement ringardiser le hipster et s’inscrire au panthéon des mouvements de jeunesse aux côtés des punks, des gothiques, des geeks et des hippies, ou va-t-il disparaître comme un nuage de mousse sur un latte au profit de la prochaine mode ?  Les mecs glabres à polos mauves ont-il un avenir en-dehors des épiceries équitables et des concerts de Philippe Katerine ?

Vous avez 4h.