Cette année, c’était ma première Biennale du Design. Comme je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, j’ai choisi de faire simple : profiter de l’occasion pour (re)découvrir quelques musées et flâner dans la ville en ce début de printemps, à la découverte des “sens du beau”, thème phare de la manifestation.

Seulement voilà. La ville était plombée ce jour-là par un ciel gris et une pluie neigeuse glaciale (oui, fin mars). Plutôt mal barré pour accomplir ma mission : trouver quand même un peu de beau, qui n’est pas vraiment le premier mot que j’aurais spontanément associé à Saint-Étienne ce jour-là.

Le sens du beau, autant dire que je ne l’ai pas vu tout de suite. J’ai commencé par faire un tour au Musée d’Art Moderne et Contemporain. Comment résumer mon ressenti de manière à la fois claire et diplomatique ? Euh… c’était moche. Bon, on va plutôt dire que je n’ai pas du tout aimé parce que je n’y connais rien et que je manque certainement de clés pour comprendre (enfin quand même, des chiens en plastique qui vomissent des bouts de tissu, des phares posés sur des amas de cheveux, des planches de timbres et des salades pourries… ça m’échappe).

Puis j’ai pris le tram pour le centre-ville (toujours sous la bruine gelée, je le rappelle à toutes fins utiles), vers le quartier Jacquard, véritable nid de manifestations “off” selon le plan de la ville. Le “off”, ce sont des spectacles, des vernissages, des happenings, etc. à des horaires un peu aléatoires et souvent programmés en semaine, donc plus facile d’accès pour les stéphanois, déjà sur place. Et ce jour-là, les galeries et les boutiques éphémères étaient pratiquement toutes fermées… Argh.

Mais au fil de mes pas dans le quartier Jacquard, je suis tombée sur ça :

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Et là je me suis dit : “Ah, enfin du beau, littéralement !”

Le B.E.A.U. : Bureau Éphémère d’Activation Urbaine

Situé rue Jules Ledin (ainsi que dans toutes les boutiques éphémères des alentours), le B.E.A.U. est une sorte d’espace de partage d’idées, des plus utiles aux plus farfelues, pour redonner vie au quartier. C’est un labo lié à la Cartonnerie (“espace public expérimental et temporaire […] regroupant architectes, sociologues, artistes, jardiniers, designers, et tout autre citoyen intéressé par les transformations des espaces publics”), bref, une couveuse à brainstormings géants, pluridisciplinaires et débridés. Le labo comprend une « agence (hihi)mobilière », un studio radio et TV qui retransmet (presque) en direct ce qui se passe, ainsi qu’une agence de voyages, OVNI, qui propose des visites inédites du quartier ainsi que des produits improbables à l’espace duty-free, qui vaut son pesant de cacahuètes.

"Bureau d'accueil des non-terriens" : puor les aliens qui ne connaîtraient pas Sainté

Boutique éphémère pour les aliens qui ne connaîtraient pas Sainté

Et ça sert à quoi ? A proposer des initiatives pour rendre les rez-de-chaussée vacants vivants, par le biais d’une action citoyenne totalement débridée. En effet, de nombreuses boutiques du quartier ont fermé, rendant le quartier limite inhospitalier. Le projet de recherche Sainté Itinéraires Croisés a lancé depuis un an des idées pour transformer l’ambiance du quartier délaissé. Pendant la Biennale, le B.E.A.U. occupe les pas-de-porte abandonnés pour y implanter des projets de boutiques éphémères plus ou moins déjantées, avec une action qui s’inscrit évidemment dans la durée.

Welcome to the BEAU !

Welcome to the BEAU !

Difficile ensuite de prendre le temps de visiter les autres lieux incontournables du programme « in » après cette longue halte dans le quartier Jacquard, qui a été pour moi la vraie découverte de cette journée. Il m’aurait fallu au moins une journée de plus pour profiter pleinement de la Biennale.

Le genre d'initiative pour rendre le quartier sympa : super idée !

Le genre d’initiative pour rendre le quartier sympa : super idée !

Je pense que ce quartier a un potentiel dingue et qu’on pourra bientôt affirmer que Jacquard is the new Guillottière (qui elle-même est en train de se brooklyniser à mort, donc excusez du peu les gars). Je crois donc que le sens du beau est niché là, dans ce quartier décrépit mais dopé par des personnes motivées pour lui redonner des couleurs. Même sous la pluie !

En conclusion, je me dis que soit j’ai totalement craqué (le traumatisme des salades et des timbres du musée précédent m’a fait raconter n’importe quoi), soit j’ai eu une illumination et le quartier est vraiment appelé à devenir un coin vivant et agréable du centre-ville de Saint-Étienne… et j’opte pour la deuxième option !