Comme chaque année Lyon CityCrunch vous propose un Fil Rouge Nuits de Fourvière. Retrouvez chaque semaine un des spectacles du festival chroniqué par un membre de l’équipe. Cette semaine c’est le concert de Woodkid qui passe sur la sellette. Il y a ceux qui ont aimé (à lire ici) et ceux qui ont trouvé ça bizarre (dont l’auteur de cet article).

 Inverse

Lorsque le festival des Nuits de fourvière a annoncé Woodkid dans sa programmation, mon fil d’actualité Facebook s’est affolé. Je ne connaissais pas bien le kid en question mais apparemment c’était LE concert à ne pas manquer cette année.

J’ai donc réservé 2 places fissa avant d’écouter l’album, en fond sonore j’avoue. Le multi-matraquage de la chanson “I love you” dans la bande annonce multi-diffusée du film “L’Écume des jours” au ciné, a fini par me convaincre, que “Woodkid, c’est vachement bien et aux Nuits de Fourvière, avec l’Orchestre National de Lyon, ça va déchirer !”.

Samedi, début de soirée, il pleut (c’est de ma faute aussi, j’ai lavé mes vitres le matin-même…). C’est donc équipés de k-way et de sacs en plastique divers que nous partons, un peu fébriles, rencontrer Woodkid pour notre première date des Nuits de cette année…

Les trombes tombent, le concert s’annonce… mouillé !

En première partie, nous écoutons (plus ou moins) Harold Martinez distiller son blues plaintif aux arrangements assez… dépouillés. Sous un soleil de plomb, ça aurait pû m’envouter, sa voie habitée aurait pû me faire fantasmer une soirée autour d’un feu de bois dans l’Ouest-Américain. Mais il pleut des trombes, ça joue très fort et dès lors mon esprit se focalise sur deux choses : me protéger de la pluie et trouver des bouchons d’oreille plutôt que d’écouter le ténébreux simili – Johnny Cash…

Il s’arrête enfin de pleuvoir, j’ai trouvé des bouchons d’oreille. Les Gentils Organisateurs des Nuits – ceux qui ont les blousons blancs et vous demandent de vous lever et de vous sérer façon conserverie “La Belle Îloise” avant chaque concert – en ont plein les poches et les donnent gratuitement, c’est toujours bon à savoir…

Et puis le concert de Woodkid débute.

Le rideau noir s’ouvre sur l’Orchestre National de Lyon et je trépigne : autant de violons, c’est sûr, ça va me donner plein de frissons !

Woodkid arrive : barbe de terroriste islamiste, blouson camouflage avec bermuda de plage bleu et baskets montantes. Je trouve que le bermuda n’avantage pas vraiment son mètre vingt de hauteur et pense que pour jouer avec l’Orchestre National de Lyon, il aurait pû faire un effort. C’est certainement très superficiel mais cette dégaine improbable me fait marrer…

Le concert débute : tambours, quelques accords de piano, envolées de violons, gros effets de basse, film diffusé sur l’écran géant (qu’on ne voit pas bien d’où on est…) trompettes et cuivres, stroboscopes.

Je suis scotchée. La voie est bien placée, le chant est juste, le bonhomme est ému d’être de retour à sa maison. Instant émotion…

Le concert continue :  tambours, quelques accords de piano, envolées de violons, gros effets de basse, film diffusé sur l’écran géant (qu’on ne voit pas bien d’où on est…) trompettes et cuivres, stroboscopes, chant juste – bien qu’un peu monocorde mais c’est son style -…

Ah ouai, c’est vraiment cool !

Et puis tambours, quelques accords de piano, envolées de violons, gros effets de basse, film diffusé sur l’écran géant (qu’on ne voit pas bien d’où on est…) trompettes et cuivres, stroboscopes, chant juste – bien qu’un peu monocorde mais c’est son style -…

Woodkid danse.

Il ne devrait pas.

Il danse comme moi en soirée. Ou plutôt moi, en soirée, à 5 heures du mat’, sur “Ma Benz” avec 8 grammes dans chaque bras. Avec les violons en fond sonore, c’est un peu étrange, limite grostesque…et ça m’empêche un peu de me concentrer sur la musique…

Tambours, quelques accords de piano, envolées de violons, gros effets de basse, film diffusé sur l’écran géant (qu’on ne voit pas bien d’où on est…) trompettes et cuivres, stroboscopes, chant juste – bien qu’un peu monocorde mais c’est son style -…

Mon voisin de gauche est mort de rire (?) et mes voisines de droite ont l’air de bien s’ennuyer et tirent sur un énième joint (!).

Tambours, envolées de violons, gros effets de basse, film diffusé sur l’écran géant (qu’on ne voit pas bien d’où on est…) trompettes et cuivres, stroboscopes, chant juste – bien qu’un peu monocorde mais c’est son style -…

Ah tiens, sur cette chanson là, y’avait pas de piano…

Tambours, envolées de violons, gros effets de basse, film diffusé sur l’écran géant (qu’on ne voit pas bien d’où on est…) trompettes et cuivres, stroboscopes, chant juste – bien qu’un peu monocorde mais c’est son style -…

“My heart belongs to Brooklyn” Oh l’autre hé… Je me demande si une chanson “My heart belongs to Dunkerque, sonnerait aussi bien…

Tambours, envolées de violons, gros effets de basse, film diffusé sur l’écran géant (qu’on ne voit pas bien d’où on est…) trompettes et cuivres, stroboscopes, chant juste – bien qu’un peu monocorde mais c’est son style -…

C’est un peu répétitif quand même…

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Tambours, envolées de violons, gros effets de basse, film diffusé sur l’écran géant (qu’on ne voit pas bien d’où on est…) trompettes et cuivres, stroboscopes, chant juste – bien qu’un peu monocorde mais c’est son style -…

Je commence à sérieusement douter là. Je me demande si c’est pas un peu surfait de mobiliser autant de violons pour jouer toujours les mêmes 5 notes… ça n’empêche pas le public d’être clairement conquis : tout le monde se lève à la demande du chanteur.

Bref, si le début du concert m’a vraiment emballée, mon enthousiasme est retombé comme un soufflet.

J’ai eu la désagréable impression que si la musique de Woodkid est agréable à écouter c’est parce qu’elle est construite sur un shéma qui fonctionne (voix agréable / petite ritournelle / tambours / violons / basses / cuivres…) mais qui est répété de façon un peu trop systématique sur beaucoup de chansons.

Et que finalement, pour ce concert aux nuits de Fourvière, le cadre et la débauche d’effets (lumières, écrans géants, orchestre…) ont mis en avant et amplifié les limites de l’artiste.

J’ai tout de même passé un agréable moment, je ne le nie pas. Mais ce concert a surtout été pour moi la découverte du plaisir d’entendre des instruments classiques dans le superbe cadre du festival.

A toujours privilégier les artistes pop-rock que j’écoute à longueur d’année, je pense que désormais, en regardant le programme du festival, je m’aventurerai plus à réserver des spectacles d’autres styles musicaux !