macaques

Cette semaine, sur Lyon CityCrunch, les lecteurs prennent les commandes et publient des articles. Aujourd’hui, Jojo avait envie de vous présenter une spécialité Lyonnaise : le théâtre d’improvisation.

Une troupe d’improvisation, c’est comme un salon de coiffure… 

… c’est propice aux noms accrocheurs, alors on en profite ! Ca va des jeux de mots fabuleux (de mémoire de spectateur : ‘Les z’Impromptus’, ‘Impro Fusion’) aux noms dont on n’est pas sûr de vouloir savoir d’où ils sortent (‘Le Cri du Chameau’ ou ‘Judas Groupe’).

Foisonnement lyonnais

Et Lyon n’est pas en reste côté théâtre d’improvisation, il existe des dizaines de troupes, dont aucun recensement exhaustif n’existe aujourd’hui, à part des initiatives ça et là avec encore de la créativité dans le nom des projets. Les comédiens qui y sévissent peuvent être des professionnels, citons notamment deux grands maisons lyonnaises pros que sont la Lily (Ligue d’Impro Lyonnaise) ou encore Et Compagnie. Ils sont entre autres à l’origine d’événements majeurs lyonnais : respectivement Les Matchs au Transbo ou Coliseum au Radiant Bellevue pour les uns et le Mondial de l’Impro à la Bourse du Travail pour les autres.

En marge des spectacles, ils offrent la possibilité de suivre des cours d’improvisation en atelier hebdomadaire, animés par les comédiens et proposent des stages de découverte ou de perfectionnement.

En parallèle, la majeure partie des effectifs de joueurs d’impro lyonnais sont répartis dans une constellation de troupes amateurs. A l’image d’un groupe de musique, ils se réunissent de façon régulière pour s’entrainer et travailler ensemble ; les cours/ateliers peuvent être animés par un membre de la troupe ou bien par un intervenant extérieur, comédien souvent professionnel chevronné. Ces troupes peuvent se produire sur scène, parfois chaque semaine ou bien une fois tous les deux ans, selon le rythme du groupe et elles organisent des stages pour certaines.

C’est de l’impro, mais ça demande du boulot !

Il n’est ainsi pas rare d’avoir une troupe qui se produit dans le bar ou le café-théâtre au coin de la rue, et j’espère que vous avez déjà eu la curiosité d’y assister. Les prix sont HYPER variables et ne sont pas toujours un bon indicateur de ce que vous allez voir…. Un seul moyen : tenter sa chance ! La bonne surprise est de tomber sur une troupe sans prétention (voire qui fera payer au chapeau), mais qui mettra le feu au bar avec un spectacle bien préparé et des joueurs à 200% !

D’un autre côté, même parfois auprès de troupes plus aguerries, le risque existe de ressortir déçu, face à des scènes qui auront été des catalogues de vannes, ou des joueurs ramollis par la routine des spectacles. Le pire étant peut-être les impros sans queue ni tête, confuses mais avec une blague ou deux qui feront mouche et, au final, ça passe car « ça va mec, c’est d’l’impro ».

Justement non, ça va pas. Tu ne vas pas voir un type qui tape sur les touches de son piano un peu au hasard, et de temps en temps par chance l’enchainement est joli, mais bon. Ce n’est pas parce que c’est de l’impro qu’on peut faire n’importe quoi. Ou plutôt si, on peut faire n’importe quoi, dès le moment où ce que l’on produit est divertissant et un minimum cohérent.

2 ingrédients-clé

Tout le monde connait les thèmes classiques griffonnés par le public avant le spectacle sur des petits papiers et lus ensuite à haute voix pour inspirer les joueurs, savant mélange entre « Les Macaques du Far West Intergalactique » et « Ma Grand-Mère Avait Douze Orteils ». Baissez pas les yeux, on l’a tous fait.

Pour divertir un public, en particulier avec des thèmes de l’enfer, les joueurs doivent disposer d’un minimum de bagage technique de base et le mettre en application, pour éviter justement que ce soit n’importe quoi. Lors des premiers cours d’improvisation, on intègre les ressorts et les ficelles fondamentales telles qu’apprendre à poser la situation rapidement en clarifiant les personnages, le lieu, l’enjeu, etc. Le deuxième élément est l’engagement et la concentration des joueurs. S’ils ont de l’énergie, qu’ils assument toutes leurs idées sans se mettre à rire et qu’on voit l’intention et la conviction dans leur regard, ils touchent au but. Ils seront en mesure de créer une impro réussie, construite, au cours de laquelle le public tenu en haleine se demande ce qu’il va se passer et non ce qu’il se passe ! C’est ce qui doit être le but des improvisateurs, et pas uniquement de faire marrer le public, car l’humour en impro est un moyen, pas une fin.

L’humour est un des (sinon le) meilleurs recours pour divertir le public, on est d’accord, mais il est une arme à double tranchant qui doit servir la scène qui se joue et le groupe, avant tout. L’improvisation qui aura fait marrer tout le monde pourra-t-elle être considérée comme réussie ? Eternel débat. Une réponse (subjective) est non, si elle a juste servi à un joueur à se mettre en avant ou si personne n’a compris qui faisait quoi au milieu d’un déluge de vannes, même excellentes.

La magie de l’impro réussie

Le divertissement du public passe aussi par les émotions que l’on fait passer, la capacité à mettre en scène et construire une histoire, et à faire plonger le public avec les joueurs (on rejoint la technique et l’engagement nécessaires). Les impros dont on se souvient sont celles au cours de laquelle les improvisateurs nous ont emmenés dans leur univers, et ont fait travailler notre imaginaire. Ca peut bien sur être à base de dragons ou de pirates, mais tout autant une histoire simple entre un père et son fils, ou des improvisations muettes, mais grâce à la justesse du jeu, de la construction et des détails qui colorent, le public se retrouve immergé. On ne voit plus les comédiens et la scène vide, on voit les personnages et leur monde créé de toute pièce.

Et si en plus ils arrivent à nous faire rire pendant la scène, alors là, en effet, le public peut crier au génie devant une scène qui n’a jamais été jouée auparavant et qui ne le sera plus jamais, mais qui aura emporté les spectateurs le temps qu’elle aura duré.

Là est la magie de l’improvisation.