Tous les jours vous passez devant ce petit carré de terre laissé à l’abandon, où les herbes folles s’ébattent gaiement et où 2-3 malotrus y ont vu le prétexte pour jeter leur canette ou leurs déchets divers.

Et tous les jours, vous rêvez d’un petit jardinet avec herbes aromatiques, fleurs et chaises en plastique pour profiter de ce carré de verdure en pleine ville, les pieds nus dans l’herbe. Coincé dans votre appart, douillet certes mais très loin de toute nature, vous vous languissez aux beaux jours de la terrasse de votre pote et sa maison en banlieue.

Il est temps de remonter les manches, vous vous sentez prêt pour l’aventure « jardin partagé ».

Mais comment faire ? Et tout seul ? Avec quel matériel ?

A qui s’adresser pour avoir droit à votre part de vert ? Petite revue des bons trucs à savoir.

Votre team de jardin partagé

Constituez un groupe de copains, voisins, sensibles à la cause verte et en mal, eux aussi, de nature en ville. La clé de la réussite, ce sera la motivation de chacun : sondez chaque personne et limitez le groupe au départ à un noyau dur, pas plus de 10 personnes avec des satellites en coup de main, gens intéressés mais peut-être moins volontaires. Si vous n’avez pas la main verte, ce n’est pas rédhibitoire. Ceux plus aptes seront ravis de partager leur savoir.

La motivation prime donc et la localisation du lieu également. Parce vous vous voyez faire 20 min de métro ou bus avant de pouvoir mettre les mains dans la terre ?

Le brainstorming : quel type de jardin partagé

la grosse étape après le recrutement de votre A-team. Définissez votre projet. Quel type d’espace vert imaginez-vous ? Une simple pelouse pour y poser ses fesses tranquillou sans les crottes de chiens et les mégots façon berges du Rhône ? Une parcelle d’herbe à chat pour votre matou ? Un carré d’herbes aromatiques pour le mojito et la salade tomate-mozza ? Un jardin potager ? Un espace de rencontre avec la faune (abris pour abeilles et nichoirs à oiseaux) ? Un mix de tout cela ?

Pensez à la structure de fonctionnement : une association de format classique où chacun a voix au chapitre ? Un groupe un peu informel avec décisions prise à la collégiale ? Comment seront répartis les rôles ? Qui s’occupera de la « paperasse », de l’achat ou de la récupération du matériel, de l’arrosage, des semis, de l’engrais (peut-être que Latchetch et son lombricomposteur est votre voisine ?)  du barbecue pour accompagner la salade de poivrons quand vous ferez la récolte ? Voulez-vous faire participer les enfants de l’école d’à côté ou les vieux de la maison de retraite du quartier ? Réfléchissez bien à bien définir et border votre projet car tous ces détails pourraient saper l’énergie du groupe et transformer une chouette initiative en assemblée générale de copropriétaires où chacun règle ses comptes. Mais en même temps, n’oubliez pas de rêver ! Projetez vos rêves les plus verts et élaguez ensuite entre le faisable et le non-faisable.

Le lieu du crime

Ratissez votre quartier à la recherche d’un terrain abandonné, ni trop petit, ni trop grand. Trop petit, (n’espérez pas reconvertir des canisettes en joli jardin ; vous n’y trouverez que sable et crottes), vous vous ennuierez vite. Trop grand (si le terrain convoité est entouré de grandes barricades de bois, il s’agit certainement d’un terrain en construction), vous devrez quitter famille et travail pour vous investir à temps plein. Un sacerdoce quoi… Pensez à l’exposition au soleil et au vent qui pourrait favoriser dans le premier cas la pousse et fragiliser dans le second cas (suivant évidemment le type de jardin et de plantations envisagés), à la proximité d’un éclairage public ou d’une alimentation en eau (très pratique pour vous éviter les aller-retour chez vous avec 2 arrosoirs ou l’achat de packs d’eau au supermarché du coin…). Si des arbres se trouvent sur le terrain convoité, il faudra bien s’assurer qu’ils ne font pas trop d’ombre sur la parcelle et surtout qu’ils ne sont pas malades et qu’ils ne nécessitent pas d’être abattus ; la Direction des jardins de votre ville pourra vous répondre à ce sujet.

L’accompagnement de la ville :

Une fois le lieu identifié, prenez RDV avec la direction des parcs et jardins de votre mairie (à Lyon, c’est c’est la Direction du développement territorial située dans le 7ème qui s’en occupe, tél : 04 26 99 65 52) pour rencontrer la personne chargée des jardins collectifs. Cette personne pourra vous donner des informations sur le lieu ciblé : fait-il l’objet de travaux à venir sur le PLU dans les 5 ans, 15 ou 50 ans à venir (même si on n’est jamais sûr de rien…) ? Est-il situé en zone inondable ou dangereuse ? Les arbres sur place sont-ils amenés à être coupés pour x raisons (maladie, empiètement sur les parcelles attenantes, etc) ? Elle vous renseignera aussi sur la politique municipale en termes de jardins collectifs : soutien ou désintérêt, c’est quitte ou double mais c’est toujours mieux d’avoir un interlocuteur institutionnel.

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Un jardin partagé aux pieds des immeubles : c’est possible ! Un projet qui s’est concrétisé lors de la rénovation urbaine du quartier Grand Marbé à Mâcon.

L’accompagnement associatif de votre petit jardin

Prenez contact avec l’association Le Passe-jardins, soutien aux projets de jardins sur toute la région. Conseil sur la motivation, les arguments, le long processus administratif et jusqu’à la mise en œuvre pratique, le Passe-jardins pourra vous accompagner tout au long de votre projet. Il vous mettra en lien avec les différents jardins déjà réalisés et qui marchent (Le Vert Luizet, jardin situé à Villeurbanne existe depuis 2004 et compte une douzaine de membres actifs, l’association Brind’guill qui gère le jardin partagé d’Amarantes dans le 7ème arrondissement). Il peut aussi jouer l’entremetteur entre des projets pour fusion ou intégration de personnes sans projet mais motivées.

Armez-vous de patience avec le montage administratif de votre projet et la sollicitation permanente de votre troupe de soldats verts, cela peut être long !

Et puis, n’oublions pas des initiatives plus légères et tout aussi chouettes, originales et poétiques : la guerilla gardening ou l’occupation de sols urbains délaissés (blog très complet sur les actions de ce courant écolo aux origines très anciennes), le flower bombing (attention, le mode d’emploi est en anglais, c’est un chouille technique mais tout à fait faisable)….