
L’autre soir, l’équipe CityCrunch est allée tester un nouveau bar “super cool” du côté de la Guillotière. Le genre d’endroit qui coche toutes les cases : déco léchée, ambiance au top, playlist pointue, staff adorable et souriant. Sur le papier, rien à redire. On s’installe, on commande quelques verres, et bien sûr, des assiettes à partager, parce que c’est un peu le concept du lieu. Tout se passe parfaitement… jusqu’au moment où les plats arrivent sur la table. Là, un léger malaise s’installe. On se regarde. On observe. Et assez vite, on se dit qu’il y a un truc qui cloche.
À quel moment, collectivement, avons-nous accepté de payer 14€ pour trois bouts de houmous, deux carottes rachitiques et une demi-cuillère de tapenade en appelant ça une “assiette à partager” ? Non, vraiment, j’aimerais qu’on remonte à la racine du problème. Qu’on identifie le patient zéro. Parce qu’il y a eu un basculement, quelque part entre le moment où on allait boire des coups avec des cacahuètes gratuites et celui où on se retrouve à négocier une part de burrata comme si on était dans un épisode de Koh-Lanta.
Convivialité en théorie, frustration en pratique
Sur le papier, l’idée est sympa. Conviviale même. On picore, on échange, on crée du lien social autour de petites assiettes mignonnes. Dans la réalité, c’est une autre histoire. Déjà, il faut être honnête : ces assiettes ne sont pas faites pour être partagées. Elles sont faites pour être photographiées. Et encore, uniquement sous un angle bien précis, avec une lumière flatteuse et un filtre “été italien”.
Parce qu’une fois que la photo est prise, le drame commence. On est quatre autour de la table, face à une planche qui pourrait nourrir, au mieux, un enfant de 8 ans ayant déjà pris un goûter. Chacun tente de découper une portion équitable, ce qui donne lieu à des scènes dignes d’un conseil d’administration sous tension. “Attends, t’as pris un peu plus de fromage là, non ?”, “Non mais moi j’ai pas eu de chorizo !”, “On refait une commande ou on fait semblant d’être rassasiés ?”
Et là, une question mérite d’être posée, sérieusement : et si tout ça n’était pas un hasard ? Et si les restaurateurs s’étaient secrètement mis d’accord pour ne proposer que des portions composées d’un nombre premier d’éléments ? Trois croquettes. Cinq tempuras. Sept tranches de saucisson. Des quantités par définition impossibles à diviser équitablement. Un complot mathématique, froid et implacable, visant à créer de la frustration, à forcer la re-commande, et à transformer chaque apéro en casse-tête digne d’un cours de terminale. Parce qu’au fond, quoi de plus rentable qu’une assiette impossible à partager… vendue comme telle ?
Payer plus pour manger moins
Et parlons-en, des prix. Parce que là aussi, il y a un léger souci de perception de la réalité. 9€ les trois croquettes. 12€ la burrata seule (sans pain, bien sûr, faut pas déconner). 16€ la planche mixte qui contient, si on regarde bien, l’équivalent d’un sandwich déstructuré. À ce tarif-là, on ne partage pas une assiette, on partage une expérience gastronomique conceptuelle où la faim reste un élément central.
Le pire, c’est qu’on joue le jeu. On commande. On goûte. On fait “mmmh” en hochant la tête, comme si on comprenait la subtilité d’une mousse de betterave montée à l’azote. Alors qu’au fond, on pense tous la même chose : “J’aurais dû prendre un burger.”
Parce que oui, soyons clairs : ces assiettes à partager sont souvent une fausse bonne idée. Elles créent de la frustration, de la jalousie et parfois même des tensions diplomatiques entre amis. Tout ça pour finir au Mac Do de la Guill une heure plus tard, en se disant que quand même, “ça cale mieux”.
Alors voilà, petit message aux bars branchés de Lyon (et d’ailleurs) : on vous aime bien, vraiment. Mais soit vous augmentez les portions, soit vous arrêtez de nous faire croire qu’on peut partager ça à plus de deux sans finir par se détester. Ou alors, assumez : appelez ça “assiette à grignoter en solo pendant que les autres regardent”.
Et nous, de notre côté, on va essayer d’être honnêtes. La prochaine fois, on commandera chacun notre plat. Quitte à picorer dans l’assiette des voisins.