
Marue, petit restaurant coréen niché place Gailleton, fait partie de ces adresses rares. De celles qui ne se contentent pas de nourrir l’estomac, mais qui apaisent aussi quelque chose de plus profond.
Calme et volupté
De l’extérieur, on pourrait presque passer devant sans s’arrêter. La devanture orange rappelle encore l’ancien établissement Teddy’s dédié aux hot-dogs, mais dès que l’on pousse la porte, le décor change radicalement. Fini l’ambiance fast-food branchouille : on entre dans un univers feutré, presque intime.
Le lieu est minuscule. La cuisine ouverte occupe la moitié de la pièce et ne laisse de place qu’à quatre petites tables de deux personnes et quelques assises près de la vitrine. Nous avons d’ailleurs eu un coup de chance : sans réservation, nous avons décroché la dernière table libre.

Ici, pas d’équipe en salle, pas de brigade en cuisine : la cheffe coréenne tient son établissement toute seule. Commandes, préparation, service, encaissement… elle gère tout, avec un calme olympien. Sur sa veste, une broderie Institut Bocuse laisse deviner un sacré parcours et une vraie maîtrise technique. Mais rien de démonstratif : tout est dans la discrétion.
Avant même de commander, la carte s’accompagne d’une petite explication pleine de poésie. En coréen, Maru désigne l’espace ouvert des maisons traditionnelles, une sorte de pièce de vie tournée vers l’extérieur où la famille se réunit. Mais on peut aussi l’entendre comme “ma rue”, mon chemin. Une double lecture qui résume assez bien l’esprit du lieu : un refuge et un voyage à la fois.

En réalité, on n’a pas vraiment besoin de cette définition. L’endroit parle de lui-même. L’atmosphère nous fait passer doucement son message. Très vite, on a l’impression de venir déjeuner chez une amie, de la regarder s’affairer en cuisine pour nous préparer ses meilleures recettes, sans chichi, sans artifices.
La carte, justement, joue à fond la carte du minimalisme : deux entrées, deux plats, deux desserts. Pas plus. Pas moins. Une sobriété assumée qui annonce la couleur.
Des plats coréens fin et délicats
Forcément, avec une seule personne pour tout faire, les choses prennent du temps. Ici, on comprend très vite que ce ne sera pas un déjeuner express avalé en 35 minutes chrono. Et tant mieux.
En entrée, nous optons pour la soupe du Nouvel An, garnie de raviolis aux légumes et au porc, ainsi que pour un yukhoe, un tartare de bœuf à la coréenne.


En plat, ce sera un Galbi Jim, un bœuf façon pot-au-feu mijoté longuement, et un Romi, une dorade poêlée accompagnée de légumes.


Sur le papier, les intitulés paraissent presque simples, presque modestes. Mais il ne faut surtout pas s’y fier. Car quand les assiettes arrivent enfin sur la table, après de longues minutes de patience, on comprend que derrière cette sobriété se cache un véritable travail d’orfèvre.
Il y a dans cette cuisine quelque chose de profondément doux et réconfortant. Ici, on ne joue pas la carte de l’explosion de saveurs, des épices tonitruantes ou des mélanges spectaculaires. Tout est dans la subtilité, la finesse, l’équilibre. Nos papilles ne sont pas bousculées ni prises par surprise : elles sont plutôt caressées, accompagnées, presque rassurées.
Chaque bouchée semble à l’image du lieu : apaisante, calme, délicate. Une cuisine qui murmure au lieu de crier. Et dans un paysage culinaire souvent dominé par le spectaculaire et l’esbroufe, cette approche presque méditative a quelque chose d’inédit et de précieux.
Prendre son temps

Entre les plats, le temps s’étire. Mais étrangement, cela ne dérange pas. On en profite pour discuter, pour siroter quelques gorgées de bière coréenne, pour observer la cheffe à l’œuvre. Ses gestes sont précis, mesurés, jamais précipités. On dirait presque une danseuse répétant une chorégraphie silencieuse.
De temps en temps, elle sort de sa cuisine pour s’assurer que tout va bien, jette un œil aux assiettes, rajoute un peu de bouillon par-ci, glisse un ingrédient supplémentaire par-là, parfois même ressert une portion. Une attention rare, presque maternelle.
Il se passe vraiment quelque chose de particulier chez Marue. Le temps semble suspendu, comme s’il coulait soudain plus doucement. On oublie de regarder sa montre. On sait qu’on sera en retard pour retourner travailler, mais on s’en fiche un peu. On a presque l’impression que le lieu répare quelque chose en nous.
Après une heure et demie à table, il faut pourtant se résoudre à partir. Nous n’aurons même pas eu le temps de goûter aux desserts. Ce n’est pas grave : cela nous fera une excellente excuse pour revenir.
L’addition s’il vous plait
Deux formules sont proposées : entrée + plat + dessert à 29€ ou plat + entrée ou dessert à 25€.
Verdict
😍 On a aimé :
- le calme et la sérénité du lieu
- la cheffe aux petits soins pour ses convives
- la saveur des plats, simple mais d’une grande finesse
😞 On a moins aimé :
- Ne pas avoir posé notre après-midi pour avoir le temps de gouter aux desserts
Marue n’est pas seulement un restaurant coréen de plus à Lyon. C’est un ovni culinaire, une parenthèse hors du temps.
Alors que notre monde semble s’écrouler en hurlant, Maru est un chuchotement réconfortant. Et franchement, c’est exactement ce dont on avait besoin !



Marue
🏠 9 place Gailleton, 69002 Lyon
⏰ Du lundi au samedi de 9h à 16h (fermé le mercredi)
☎️ Réservation : 0478602313
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