
Il y a deux types de Lyonnais. Ceux qui râlent contre les transports en commun. Et ceux qui râlent contre les transports en commun tout en expliquant ce qu’il faudrait faire à la place.
Au détour d’une navigation sur Reddit, je suis tombé sur un mini-jeu créé par un Lyonnais (bravo à lui) grâce auquel vous pouvez désormais vérifier si vous feriez vraiment mieux. Spoiler : non.
Bienvenue sur tcl-2040.com, le jeu qui vous donne 4 milliards d’euros pour construire le futur des TCL. Et qui vous fait comprendre, très vite, que vous êtes nul en gestion d’infrastructures publiques.
4 milliards d’euros. Ce qui semble beaucoup, jusqu’à ce que vous cliquiez

Le principe est simple : vous êtes responsable du développement du réseau TCL entre 2026 et 2038. Vous avez une enveloppe de 4 milliards d’euros. Votre mission : améliorer les transports à Lyon. À l’écran, un plan de Lyon et une liste de projets plus ou moins ambitieux (basée sur les futurs projets déjà prévus et les dernières promesses électorales des candidats à la Métropole de Lyon) : nouvelles lignes, extensions, tramways, métros, améliorations diverses. Chaque projet a un coût. Et votre budget n’est pas extensible (contrairement à votre optimisme au début de la partie).
Forcément, mon premier réflexe est totalement objectif et rationnel : essayer de desservir un maximum de nouveaux quartiers.
Clique. Clique. Clique. Mon projet de développement du réseau commence à ressembler à quelque chose. Je suis fier. Je suis visionnaire. Je suis un bâtisseur.
Et puis je regarde le budget. Et je commence à transpirer.
Le moment où tout bascule

Au début, 4 milliards, ça paraît énorme. Puis ça devient 3 milliards. Puis 2. Puis 1.
Même si le jeu vous offre la possibilité d’étaler les projets sur 2 mandats, je me rends compte que le moindre kilomètre de trajet en plus coûte plusieurs millions (oui, même pour un bus). Je réalise qu’un seul projet majeur peut engloutir une part énorme de mon budget. Et que chaque choix signifie renoncer à autre chose. Vous vouliez un métro ? Très bien. Mais alors il faudra oublier ces 3 nouvelles lignes de tram. Vous vouliez aider ce secteur ? Parfait. Mais cet autre quartier attendra. Longtemps.
En l’espace de quelques clics, je découvre le concept que tous les responsables politiques connaissent : l’arbitrage. Ce moment douloureux où vous comprenez que vous ne pourrez pas rendre tout le monde heureux.
Faire rentrer les pépettes

Je remarque alors un onglet financement. Oh miracle je vais peut-être trouver une source de revenus pour financer mes ambitions. Sauf que la première chose qu’on vous demande c’est de choisir votre politique de tarification sociale. En gros, encore des dépenses !
Même si la gratuité totale me fait de l’oeil, son coût affichée (1,9 millard d’€ par mandant) me refroidit directement.
Je préfère augmenter le versement mobilité des entreprises de 25%. Et hop 700 millions en plus dans mon budget.
Verdict

Une fois satisfait de mois, je valide mon projet. Le résultat est sans appel.
Porté par une ambition démesurée et une absence totale de compétences, j’ai enchaîné les projets comme un enfant dans un magasin de bonbons. Résultat : un réseau magnifique, moderne, ambitieux… mais pas du tout entretenu.
Mon projet permet de transporter 287 000 personnes supplémentaire par jour. Mais mon réseau tombe en ruine. J’imagine déjà les pannes à répétition (oui, encore pire que maintenant) et des coûts qui explosent parce que je n’avais pas anticipé que du matériel roulant ça s’use !
Faillite virtuelle des TCL en 15 minutes. Licenciement virtuel de moi-mêmes dans la foulée.
Ce qui est fascinant, c’est que le jeu ne vous dit jamais quoi faire. Il ne vous explique pas quelle est la « bonne » solution. Il vous laisse simplement face à vos choix. Et à leurs conséquences.
Un jeu, mais surtout une claque de réalité
Derrière ce mini-jeu se cache le travail d’un Lyonnais qui explique avoir voulu vérifier les promesses transports des candidats à la Métropole de Lyon en remettant une contrainte simple au centre du débat : l’argent. Pas pour dire qu’un projet est meilleur qu’un autre. Mais pour montrer une chose essentielle : choisir, c’est renoncer. Chaque nouvelle ligne implique de ne pas en construire une autre. Chaque milliard dépensé ici ne peut pas être dépensé ailleurs.
Il a dû passer de nombreuses heures de travail pour transformer des données complexes en une expérience simple et compréhensible. Et le résultat est redoutablement efficace. Alors on lui dit bravo, non seulement on s’est beaucoup amusé mais en plus, on a découvert la complexité budgétaire d’un réseau de transports en commun.
Si à votre tour vous voulez ruiner les TCL, rendez-vous sur tcl-2040.com.