Je n’avais pas prévu de publier un article sur le Cimetière de la Guillotière… Je n’avais même pas prévu d’y aller. Mais un rendez-vous au fin fond du 8ème arrondissement et une panne de réveil conjugués à une erreur d’arrêt de tram m’ont conduit à visiter ce lieu atypique et trop peu connu de notre ville.

Novembre, mercredi matin, 2°C. Je suis à la bourre pour un RDV (comme d’habitude diront les mauvaises langues) et la seule façon d’arriver à temps, selon Google Maps est de couper par le cimetière. Je passe l’immense portail de l’Avenue Berthelot et m’engouffre dans l’allée principale… Je hâte le pas, mais bientôt mon attention est captée par les noms gravés sur les caveaux… Perrache, Rancy, Berliet, Bahadourian…

En tant que Lyonnais de longue date, ces noms me sont bien sûr familiers. Je ralentis et commence à regarder plus en détails les sépultures…

C’est magnifique. A cette heure matinale de la journée et par ce temps brumeux, le lieu est fantasmagorique. Je sors mon smartphone pour prendre quelques photos… Tant pis pour mon rendez-vous !

J’en profite aussi pour me renseigner sur le Cimetière sur Wikipédia. Le « Nouveau » Cimetière de la Guillotière a été construit en 1854. Il est aujourd’hui le lieu de repos de plus 40 000 défunts. Son implantation en allées concentriques lui confère une géométrie digne d’un film de Wes Anderson. D’ailleurs si vous avez déjà regardé un plan de Lyon vous avez certainement repéré sa forme particulière occupant une bonne partie du 8ème arrondissements.

J’arrive sur la place centrale qui abrite le tombeau des Lyonnais les plus célèbres : les Frères Lumière. J’appelle mon rendez-vous pour dire que j’aurais beaucoup, beaucoup de retard…

Je continue sur l’allée principale quand surgit devant moi le Crématorium. L’impressionnante bâtisse surmonté d’un dôme se dresse en haut d’une petite colline surplombant le cimetière. Carrément flippant !

Une cérémonie est en cours. Je m’éloigne discrètement et tombe sur les jardins où ont été déposées les cendres de certains défunts. A cette époque de l’année, les fleurs et autres plantes font triste mine mais leur air déprimé colle parfaitement à l’ambiance de ce mois de novembre.

Je continue mon chemin et arrive sur une partie du cimetière beaucoup plus délabrée. Ici la végétation commence à reprendre ses droits et certaines tombes semblent avoir perdu leur combat contre l’éternité…

 

Je ne sais plus vraiment où je suis, ni par où se trouve la sortie… Mais je continue mon exploration. En ce début de novembre le cimetière est particulièrement fleuri (les vendeurs de chrysanthèmes ont du se frotter les mains pendant la Toussaint…), mais ce qui attire mon oeil et l’objectif de mon smartphone ce sont plutôt les fausses plantes et les ornements qui paraissent avoir 100 ans d’âge (et ils les ont surement). Les couleurs sont passées depuis longtemps et certains morceaux manquent à l’appel.

    

Des croix ploient vers le sol, des lettres s’effacent, des plaques se fissurent quand ce ne sont par carrément les tombes elles-même qui se disloquent pour mieux disparaitre dans la terre… J’essaye d’imaginer ces centaines de vies d’il y a longtemps à travers les quelques indices laissés sur les sépultures. Je n’irais pas à mon RDV, je suis happé par les lieux, je prends chacune de ses allées, découvrant de nouveaux bijoux de spleen et de nostalgie à chaque croisement…

Je finis ma visite improvisée devant la tombe de ce couple du siècle dernier : sur leur stèle, la statue d’un couple d’enfants tenant ce qui devait être un coeur. Leur amour est-il mort à jamais ? S’est il envolé vers les cieux avec eux ? Mon cœur à moi en est tout retourné.

Cimetière de la Guillotière
🏠 228 Avenue Berthelot, 69008 Lyon
🚇 T2 ou T4 Arrêt de Tram Jet d’Eau
⏰ Ouvert tous les jours de 8h à 17h.