
Résultat : on oscille aujourd’hui entre agacement et résignation face à ce petit carré noir qui remplace nos jolies cartes plastifiées ou papier.
Le restaurant, ce lieu où vous devez… utiliser un écran pour pouvoir manger
On commence sérieusement à en avoir marre du tout numérique. Pas parce que la technologie est mauvaise en soi, mais parce qu’elle a doucement colonisé des moments qui n’avaient rien demandé. Le restaurant faisait partie de ces rares espaces encore un peu humains. On s’asseyait, on prenait une carte, on parlait, on hésitait, on demandait au serveur. Aujourd’hui, on vous laisse à peine poser votre manteau qu’on vous renvoie déjà à votre smartphone.
Et là commence le rituel : scanner un code minuscule, attendre qu’une page se charge, zoomer comme si vous lisiez un document ancien, puis voir tout disparaître car vous avez cliqué au mauvaise endroit à cause de interface complètement claquée.
Et si vous êtes à deux ou quatre à table, le moment devient encore plus étrange : chacun sur son écran, en silence, comme si on était assis à coté d’inconnu dans le métro.
Une fausse bonne idée devenue norme
Sur le papier, on comprend l’idée. C’est pratique, ça évite de réimprimer les cartes, ça permet de modifier les prix en temps réel. Très bien. Mais à force de vouloir optimiser chaque micro-détail, on a fini par perdre ce qui faisait le sel du moment : le début du repas. Ce moment où on regarde à deux la carte où le serveur passe et glisse un conseil sans que personne n’ait besoin de cliquer sur quoi que ce soit.
Aujourd’hui, tout ça est remplacé par une interface. Et franchement, si on avait envie de passer commande sur un écran, on serait allé au Mac Do.
Le QR code n’est pas seulement une question de technologie. C’est une question d’ambiance. On ne vient pas au restaurant pour optimiser une expérience utilisateur. On vient pour ralentir. Pour décrocher. Pour sortir un peu du flux permanent d’informations. Et pourtant, on retrouve exactement ce flux… sur la table.
Même logique que partout ailleurs : tout devient interface, tout devient clic, tout devient scroll. Même manger.
Il y a peut-être un indice intéressant dans un autre domaine : le retour du vinyle. Personne n’était obligé de remettre des disques dans son salon. Et pourtant, ils reviennent. Pourquoi ? Parce qu’on veut du physique. Des objets. Des choses qu’on peut toucher. Des moments qui ne passent pas uniquement par une vitre en verre. Et là, il y a un vrai décalage : au moment où tout le monde redécouvre le plaisir du tangible… on remplace les menus par des QR codes. Cherchez l’erreur.
Et maintenant, on va où ?
Parce qu’évidemment, tout ça ne s’arrête jamais vraiment. Aujourd’hui vous scannez pour voir la carte. Demain, vous scannerez pour que l’IA vous recommande le plat « optimal selon votre humeur et votre historique digestif ». Après-demain, vous n’aurez même plus besoin de choisir.
On imagine déjà la scène : vous pointez votre téléphone vers la table et vous demandez
Le menu QR code n’est pas un drame civilisationnel. Mais c’est typiquement le genre de « petite amélioration » qui finit par gâcher un truc qui marchait bien à la base.
On ne demande pas un retour en arrière nostalgique. On demande juste un peu de simplicité. Un peu de matière. Un peu de contact.
Et surtout, la possibilité de s’asseoir dans un restaurant sans devoir immédiatement ressortir son téléphone.