On vous rabâche les oreilles avec ça depuis un moment sur Lyon CityCrunch : la Guillotière est la nouvelle Place to Be de la Capitale des Gaules. Ce qui pouvait passer pour du chauvinisme de blogueur se confirme. Il y a quelques mois, le quartier faisait la Une de la Tribune de Lyon qui ventait son dynamisme et selon le dernier baromètre Fnaim, les prix au m2 du 7e arrondissement sont passés devant ceux du 1er, autre secteur branché de la ville..

Les médias nous ressortent le traditionnel « Les bobos/branchés/hipsters privilégient les quartiers populaires pour leur authenticité, faisant alors grimper les prix ». Je pense qu’ils ont tort, la genèse d’un quartier branché n’a rien à voir avec les bobos, le coté populaire ou l’authenticité des lieux.

Guillotire Tribune

Comment naissent les quartiers branchés ?

Les quartiers branchés ne naissent pas parce que des bobos/hipsters Lyonnais ont jeté leur dévolu sur eux. Les quartiers branchés naissent parce que la ville attire de plus en plus d’habitants…

Ces nouveaux Lyonnais veulent bien sûr habiter dans les quartiers branchés officiels (Presqu’Ile, Pentes, …) mais comme ils sont jeunes, bossent dans des métiers un peu précaires (stagiaires en agence de com, intermittents, freelances, etc…) et ne roulent pas sur l’or, les prix des loyers les poussent à chercher ailleurs.

Bien sûr, des apparts budget-friendly ne suffisent pas pour rendre branché un quartier. Si c’était le cas, Vaulx en Velin serait rempli de bistrots-bobo, d’ateliers d’artistes et d’espaces de co-working…

Le nouveau branché a besoin d’être relativement proche des centres névralgiques de la ville. En effet son quartier (branché en devenir) ne possédera au début qu’un ou deux lieux sympas pour sortir, et il faut qu’il puisse rapidement, en un coup de métro/tram/vélo’v se rendre en Presqu’Ile. La banlieue et tous les quartiers mal desservis par les transports en commun seront donc boudés par le nouvel arrivant malgré des loyers abordables.

Aux loyers pas chers et à une bonne desserte au reste de la ville s’ajoute un troisième élément indispensable au nouveau branché : l’ambiance. En effet, le créatif doit pouvoir trouver de l’inspiration dans son quotidien et il sera davantage comblé dans un secteur possédant une vraie identité que dans un quartier-dortoir.

En résumé :

Loyer sympa + Quartier bien connecté au reste de la ville + Vraie identité = futur quartier branché

 

Petite histoire des quartiers branchés à Lyon

Au commencement était la Presqu’Ile. Le lieu où se concentrait tous les endroits qu’il fallait voir et où il fallait être vu.

Quand les immeubles haussmaniens et l’ambiance bourgeoise sont devenus has been, les branchés de l’époque (les punks principalement) se sont exilés dans les Pentes, alors lugubres et mal famées. Ce secteur avait tout pour devenir branché : des loyers sympas, une proximité avec le centre et une belle identité avec ses Canuts et leurs histoires contestataires. De jeunes architectes découvraient alors les avantages des appartements canuts et de leurs hauteurs sous plafond permettant de créer différents espaces sur un même étage. Rapidement le quartier est devenu un lieu de bouillonnement culturel. Même si il s’est aujourd’hui assagit c’est le coin de Lyon le plus créatif. La population reste jeune car elle est régulièrement renouvelée : les plus vieux, tel les saumons, remontent les pentes jusqu’au plateau de la Croix-Rousse pour pondre des enfants.

La transition de la Guillotière a été fulgurante en passant de quartier craignos à quartier branché en à peine 3 ans. Il faut dire que deux catalyseurs puissants ont accéléré le processus : la rénovation des Berges du Rhône, dont la suppression de cette fosse aux Ours infranchissable, et la hausse vertigineuse du prix des loyers dans Lyon. D’un coup les Lyonnais se sont rendus compte qu’il y avait un quartier très vivant, super abordable et à moins de 5 minutes à pied de Bellecour. En ajoutant le coté cosmopolite du secteur, où étudiants, arabes, blacks, asiat’ et bourgeois semblent cohabiter en harmonie, la recette du quartier branché était complète. Depuis, il ne se passe pas une semaine sans qu’un nouveau lieu tendance ouvre à la place d’un vieux rade de quartier. Dans ma (pourtant minuscule) rue, tout était squatté ou abandonné lorsque je m’y suis installé. En quelques mois/années j’ai vu ouvrir : un bar alternatif, un théâtre, un réparateur de vélo, deux cabinets d’architecte, une galerie d’art et deux ateliers d’artistes.

A qui le tour ?

Les Pentes et la Guillotière sont devenus chères. Ces quartiers ne répondent donc plus au critère de loyer bas que recherche le nouveau branché.
Quel sera le nouveau secteur de Lyon a trouver les faveurs de ces futures bobos-hipsters ?
Petite revue de prétendant au titre :

Le favori : les Gratte-Ciel

villeurbanne B-Rob.com

Le quartier des Gratte-Ciel à Villeurbanne présente tous les atouts pour devenir le futur quartier branché de Lyon. Des loyers bien moins chers que la ville mère, plutôt bien connecté (Presqu’Ile et Part-Dieu sont à moins de 10 min en métro) et vraie identité avec cette incroyable architecture art-déco datant des années 30 (plus vintage tu meurs). On y trouve une vie de quartier où les petits commerces côtoient les grosses enseignes (Monoprix, Starbucks, Ninkasi,…) ainsi que des équipements culturels de premier ordre (TNP, Institut d’Art Contemporain). Ces dernières années, on a vu plusieurs artistes ou collectifs récupérer de vieux hangars ou des petites fabriques pour en faire des lieux de créations.
Force : répond aux trois critères du nouveau quartier branché
Faiblesse : pas dans Lyon intra-muros

Le challenger : Vaise

Vaise B-Rob.com

A première vue, Vaise n’a rien d’un quartier branché. Mais son passé de quartier craignos, rappel le cas de la Guillotière et pourrait présager des surprises. A quelques stations de métro de Bellecour, possédant une vraie vie commerçante et de loyers encore sympas, Vaise reste un candidat sérieux au titre de futur quartier branché. Ancien quartier industriel, le secteur dispose de nombreux bâtiments qui pourraient demain se transformer en lieux très très cools.
Force : Loyer bas, proximité du centre et encore quelques friches exploitables
Faiblesse : Manque d’identité et ambiance encore un peu atone. 

L’inattendu : La Confluence

Musée des Confluences FDL 2013

Les prix des loyers – souvent fantasmés – du quartier de la Confluence pourraient le disqualifier d’office. Mais passé les immeubles moderne au bord de la place nautique ou de la Saône, on y trouve encore à se loger pour moins cher qu’en Presqu’Ile (notamment autour de l’Église St Blandine ou de l’autoroute). Pour le reste, ce secteur à tout d’un quartier branché : passé industriel, lieux de sortie nombreux et grands équipements culturels (Sucrière, bientôt Musée des Confluences et Maison de la Danse…). L’image de quartier bling bling s’estompe un peu, les établissements trop tape à l’œil ferment les uns après les autres, tandis que les bars et restos plus modestes et à la cool font recette.
Force : Quartier hors norme, centre-ville et Part-Dieu en quelques minutes de tram.
Faiblesse : prix des loyers.

Bien sûr cet article se base sur ma propre perception de la ville et vous avez certainement une autre vision des choses. N’hésitez pas à donner votre point de vue dans les commentaires ou à proposer un nouveau candidat au titre de quartier branché.

Crédit Photo : Brice Robert


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35 commentaires

    1. D’un point de vue geographique (mais pas que) Gratte-Ciel serait plutot le Queens, Guill’ / Jean-Macé serait Brooklin, Cx-Rousse / Pentes c’est Harlem, et Vaise c’est Hoboken et le New-Jersey. 😀

    1. C’est corrigé !
      Mais à notre décharge et comme tu l’indiques un paquet de lecteurs ont également fait la faute dans les commentaires de l’article sur les photos 🙂

      1. Je suis agent-immo sur Monplaisir, et comme dit Qyrool,
        C’est un quartier ultra populaire pour les familles mais pas du tout pour les jeunes,
        Alors que Guillotière c’est vraiment LE quartier ou il faut investir !
        Le prix des apparts a vendre et a la loc sont bien en dessous de la presque-île,
        C’est un des rare quartiers aussi bien placé/desservi qui atteint des prix au mètre carré encore abordable !
        On en reparle dans 15ans !

        1. Si, si la Maison de la Dance quitte le 8ème pour s’installer à la Confluence. Les travaux pour le nouveau batiment ne devrait pas tarder à commencer. Ouverture prévue en 2018.

          1. Pour le moment le déménagement de la maison de la confluence est un projet du maire de Lyon mais rien de concret n’est encore fait, il faut encore lancer un concours et obtenir les autorisations avant de commencer a construire 😉

  1. Tout ce phénomène de mouvement des populations s’appelle la « gentrification »… Je suis surprise de ne pas trouver le mot dans l’article.
    Sinon, on me glisse à l’oreillette que le quartier Part Dieu a aussi de l’avenir…

    1. Je n’ai pas parlé de « gentrification » parce que je l’associe trop aux analyses du type les vilains bobos qui font monter les loyers des quartiers populaires. Il me semble que la gentrification est la phase terminale du quartier branché, quand n’y vivent que les bourgeois qui font fermer les bars parce qu’il font trop de bruit. Donc Ok pour parler de gentrification sur le plateau de la X-Rousse mais pas dans les Pentes ou à la Guillotière.

      1. La gentrification est un processus, non un stade ou une étape. Les géographes ont bien étudié ce processus et même si tu n’as pas creusé la question tu as de bonnes intuitions. Il est par exemple vrai que les « pionniers » comme les artistes donnent une meilleure image à ces quartiers ce qui induit la possibilité d’un investissement par des gentrifieurs plus aisés

  2. Habitant depuis plusieurs mois à Gratte-ciel (et plusieurs années à Villeurbanne), je confirme que ce quartier à ses qualités qui pourraient plaire à plus d’un. Néanmoins je lui vois un gros point faible, comme pour les autres candidats : il faut des petites surfaces pour les ateliers, boutiques, galeries… pour cette catégorie sociale (j’ose) qu’il doit être relativement compliqué à trouver et qui n’auront dans tous les cas rien à voir avec la croix rousse ou la guill’.
    Je pense donc que la guill’ va devenir et rester quelques temps Ze place to be.

  3. La gentrification n’a rien d’un gros mot, Pierre mais ce mot est employé à tort et à travers, comme « BOBO » d’ailleurs 😉
    Pour ma part, je vis aux Gratte-Ciel depuis deux ans et la seule chose qui me manque, c’est un petit salon de thé pour papoter avec mes copines mais hormis cela, j’y ai tout ce qu’il me faut et une vraie vie de quartier.
    L’histoire de Villeurbanne est étroitement liée à celle de Lyon : elle a toujours revendiqué son indépendance vis-à-vis de la « capitale de la Province », et son passé industriel donne à ses habitants et la plupart de ses quartiers une identité « populaire » très forte – si l’on entend populaire comme dans l’acronyme TNP. On considère souvent Villeurbanne comme le 10ème arrondissement mais il suffit d’y passer quelques heures pour se rendre compte que non, « tout l’monde y VEUT pas être de Lyon ».

  4. Pour avoir longtemps vécu aux Gratte-Ciel, j’ai du mal à croire que ce quartier devienne le nouveau lieu ‘branchouille’ pour plusieurs raisons..
    Déjà, la population y est très familiale (voir retraité), et ça ne risque pas de change de sitôt. Les loyers y sont presque aussi élevés qu’à Lyon (600 euros un T2), et ce n’est pas le « renouveau » des Gratte-Ciel (prévu pour 2020) qui va arranger les choses (allez jeter un oeil au programme Gratte-Ciel Nord pour vous rendre compte de l’ampleur des travaux). La vie nocturne y est inexistante (OK, y a le Ninkasi..) et rien ne s’y passe après 23h (qui a dit: pour ne pas géner les vieux?). L’immense majorité des jeunes qui y vivent font leur courses/sortent/vivent à Lyon..
    Villeurbanne a toujours été la cité dortoir de Lyon. Et même connecté au centre-ville par le métro, il y aura toujours un « monde » entre Villeurbanne et Lyon.
    Après.. tout peut arriver ^^ Mais je voterais plus pour Confluence.

    1. L’article ne dit pas que le quartier est branché mais qu’il a de fortes chances de le devenir. Quant à trouver un T2 à 600€ dans un quartier aussi sympa que les Gratte-Ciel dans Lyon intra-muros, j’ai quelques doutes…

  5. Bah merde alors, mais on va finir par vivre où; nous les pauvres ?! 😉
    Mon quartier est vraiment en train de changer actuellement (entre Jean Macé et le nouveau super Parc Sergent Blandan). Ils sont en train de démolir tous les vieux immeubles comme le mien, du début du 20è, pour faire place à des immeubles de type Confluence horribles. Je ne sais pas où ça va s’arrêter, pour moi les vieux immeubles lyonnais font partie de l’identité de la ville…
    Bref, je mise une piécette sur le quartier de la PD Sud où j’habitais avant, jusqu’à Sergent Blandan, justement, avec la réhabilitation à venir de l’avenue Garibaldi…
    Je pense que la gentrification à Lyon existe belle et bien, mais pas à cause des hipsters/bobos/etc qui colonisent, bien à cause des politiques urbaines menées par notre cher ami Gerard Collomb. A la Part Dieu, je l’ai bien vu, ils tendent à vouloir virer tous les immeubles de logement pour installer des p***** de bureau.
    J’ai bien peur qu’à la Guill’, on ne trouve bientôt plus que des restos branchés et que nos chers kebabs disparaissent également… Bref…. 🙁

    1. Ben justement détruire des vieux immeubles pour construire une ville plus dense permet de mettre pas mal de logements sur le marché et de ralentir un peu la hausse es loyers et les prix du m2. Il ne faut pas oublier que l’agglo accueille presque 1000 habitants de plus par mois. Mon but n’est pas de défendre Gégé Collomb, mais force est de constater que dans les immeubles neufs et le nouveau quartier la part des largement plus élevés que dans le parc immobilier ancien. Tout le monde parlent des prix affolant à la Confluence, mais personne ne dit que le quartier compte 30% de logement sociaux…

      1. Justement, je pense que l’équilibre est très mince : beaucoup d’immeubles lyonnais ne sont peut-être pas classés ou n’ont peut être pas une identité architecturale aussi forte que ceux de la Croix-Rousse, par exemple, mais les anciens immeubles ouvriers du 7e font partie intégrante du paysage urbain lyonnais, de son identité et de son cachet. Détruire pour accueillir plus de gens, et maintenir les prix de l’immobilier plus bas, ok, mais à quel prix ? Celui de dénaturer la ville ?
        Derrière Perrache, il y avait du boulot, beaucoup d’immeubles en très mauvais état, voire squattés, ok, il fallait faire quelque chose ? Mais détruire systématiquement pour construire cette horreur de Confluence qui a déjà pris un coup de vieux ?
        Je ne suis pas passéïste, je pense que la ville doit se renouveler aussi, mais pas non plus à n’importe quel(s) prix.
        En vivant dans le quartier de la PD, j’ai vraiment senti cette volonté de repousser le logement encore plus loin, au profit des immeuble$ de bureaux. Rue Paul Bert, côté Sud, beaucoup d’immeubles anciens ont été détruits pour la construction de trucs hyper luxueux et honnêtement pas du tout accessibles.
        Les logements sociaux, ok, c’est cool, mais même en étant pas riche, je ne suis pas assez pauvre pour y avoir droit. Et j’ai peur que ce soit cette frange des logements qui disparaisse aussi.
        Bref, c’est le genre de trucs dont je préfererais parler derrière une bière 😀

  6. Moi ; je trouve mon quartier particulièrement agréable , (hormis celui que n’arrête pas de passé en scooter dans ma rue et qui risque de recevoir bientôt par mon voisin une casserole d’eau glacée sur la tête) , plein de commerce de proximité pas loin de carrefour , deux parc pas loin (sergent ! Blandan et Parilly (a 15 minutes en Bus. Médiathèques et donc un voisinage très cultivés avec des domaine de prédilection pour chacun et même à moins de 2 km un bowling Certes il faut un peu marcher pour certaines infrastructure mais cela permet d’avoir naturellement , ce que l’on appelle du sport intégré à chaque jour. Je suis sur le boulevard des Etats-Unis

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