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Savez-vous quel est le pourcentage de végétariens en France ? Non ? Vous n’avez même pas une petite idée ? Je n’en savais rien non plus avant de me rendre compte que la plupart de mes amis avaient basculé (ou étaient en train de le faire) du côté obscur de la force…

Cette révélation m’est tombée dessus pas plus tard que vendredi dernier, à l’heure de l’apéro. J’avais invité quelques amis à boire des coups à la maison. En apportant les quelques trucs que j’avais préparés pour accompagner la bière et le vin, un de mes amis me félicita : « C’est sympa d’avoir pensé à nous ».

Alors que je faisais la tête du mec qui n’a rien compris, il précisa « nous, les végétariens »… Je fronçais les sourcils puis regardais autour de la table avant de me rendre compte que la plupart des personnes présentes ce soir étaient végétariennes. Stupeur !

Il y avait Manon, végétarienne de longue date. Elle avait définitivement abandonné la viande suite à un séjour linguistique à Londres alors qu’elle était ado. Elle a toujours pris son végétarisme à la cool, s’autorisant parfois même quelques exceptions (je l’ai vu une fois piquer en douce un toast de foie gras à un apéro de Noël). Pour elle, ne pas manger de viande est plus un mode de vie qu’un véritable combat. Elle n’a jamais milité pour la cause animale, ni même tenté de nous convaincre du bien fondé de son alimentation.

Il y a aussi Nico, le végétarien militant. Depuis qu’il a lu « Faut-il manger les animaux ? » de Jonathan Safran Foer, il y a 4 ans, il a décidé d’abandonner burgers, grattons et au filet-o-fishs et profite de chaque occasion pour nous rappeler à quel point nous sommes d’horribles personnes, nous autres les mangeurs de viande. Il est souvent relou, mais il est aussi très drôle alors on le supporte encore (sauf durant les soirées raclette, du coup il est pas invité).

Il y a Julie, la vegan. Elle a toujours été tournée vers le bien-être des animaux. Elle a bossé à la SPA, milité pour WWF et a récupéré plusieurs chatons errants chez elle. Elle est venue assez logiquement au véganisme. Parfois elle nous parle de ses projets de virer crudiste et ça nous fait flipper !

Il y a Tom, un écolo pur jus. Il roule à vélo, ne prend plus l’avion, fait son compost, achète que de trucs d’occas et ne mange plus de viande car ça pollue énormément. Bref sa motivation est surtout liée à la planète plus qu’à la souffrance animale. Il ne mange plus de bidoche depuis 2 ans revendique fièrement son statut de bobo de ville qui sauve le monde.

Enfin il y a Caro qui, selon moi, est devenu végétarienne parce que c’est à la mode et qu’elle obtient plein de likes sur Insta quand elle poste des photos de poke bowl.

Mes autres amis présents mangent de la viande mais ils n’ont pas émis d’objections à cet apéro végétarien. Aucun n’était choqué par l’absence de saucisson sur la table.

En fait, le seul qui était choqué c’était moi. Je n’avais pas du tout prévu de faire un apéro végétarien mais en regardant ce que j’avais apporté (houmous, chips de maïs, caviar d’aubergine, toast au pesto…) je me suis rendu compte que j’étais à mon tour contaminé par cette mouvance.

Mais comment en est-on arrivés là ?

apéro végétarien

Mais où sont passées les saucisses-cocktails ?

Le contenu de ma planche d’apéro a continué à occuper mon esprit longtemps après qu’il fut ingurgité par mes convives. Je n’arrêtais pas de m’interroger sur mon rapport à la viande.

Quand j’étais enfant, je vivais dans une immeuble situé à côté d’un champ de moutons. J’ai assez vite compris que lorsque les agneaux disparaissaient de l’enclos, j’avais de grandes chances de les retrouver quelques jours plus tard dans la vitrine du boucher du bout de la rue. Comme l’expliquait ce dernier, il tuait les agneaux car son champ n’était pas assez grand pour les accueillir tous (et qu’accessoirement c’était très bon en barbecue). Du coup je n’ai jamais été dérangé (et ne le suis toujours pas, n’en déplaise à mes amis vegans) par le fait que les hommes tuent les bébés animaux pour les manger.

Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que j’en vienne à regarder la viande avec suspicion ?

Nos amis les réseaux sociaux

En premier lieu, je crois que Facebook a vraiment contribué à faire évoluer les mentalités sur le sujet. On savait tous que ce qui se passait dans les élevages et les abattoirs n’étaient pas joli joli, mais le voir en vrai nous a vraiment coupé l’appétit et certains d’entre nous se sont mis à réclamer du rab de légumes. Une vidéo de poussins écrabouillés vaut mieux que tous les discours moralisateurs de mon copain Nico.

Quand on évoque l’impact des réseaux sociaux sur la société, c’est souvent sous l’angle négatif, mais il ne faut pas oublier que Facebook et ses amis contribuent aussi à rendre le monde meilleur (pour peu qu’on pense que manger moins de viande est une bonne chose pour l’humanité). Alors, pour une fois, MERCI Marc Zuckerberg !

L’offre végétarienne

La propagation de ce régime est aussi due à mon sens à l’offre végétarienne et vegan qui s’est grandement étoffée ces dernières années. D’ailleurs si vous lisez régulièrement CityCrunch vous vous êtes rendu compte qu’on chronique de plus en plus des restaurants végétariens comme  Culina Hortus, ou Hank… Sans compter tous ceux qui proposent des plats végé ou vegan sur leur carte… Dans les magasins, c’est pareil, les rayons végétariens sont des plus en plus longs.

La mode

Dernier élément et pas des moindres à mon avis : être végétarien c’est à la mode. A l’heure où l’abnégation est une valeur des plus cotée, s’engager dans la voix du véganisme vous permet d’accéder à un certain statut social. Avant, pour être quelqu’un d’important, il fallait avoir une belle maison et une belle voiture. Aujourd’hui, il faut avoir accompli des actions qui demandent beaucoup d’efforts : terminer un marathon, réussir parfaitement la position du chien tête en bas, se lever 3h avant d’aller bosser … et ne plus manger de viande. Être végétarien fait de vous une personne supérieure, une personne qui sait faire des efforts pour contribuer à de nobles causes que sont la lutte contre le réchauffement climatique et les souffrances animales.

La quête de ce statut de personne spéciale contribue grandement à l’essor du végétarisme. Il suffit de voir la vague des influenceurs/ceuses qui se mettent à ce régime pour s’en convaincre…

En conclusion (par ce que c’est bientôt l’heure de manger et que cet article est déjà bien long)

Le samedi soir suivant l’apéro-végétarien-à-mon-insu , je m’attablais à l’un des bistrots de mon quartier en commandant une planche mixte charcuterie fromage comme pour conjurer le sort. Devra-t-on un jour faire une croix sur un bon jambon de montagne ou sur un Brillat-Savarin truffé ?  Devra-t-on se justifier à chaque fois qu’on croquera dans une tranche de rosette ? Faudra-t-il un jour choisir un camp  ? Toujours est-il que le mouvement végé/vegan prend une ampleur inédite en France et tout particulièrement à Lyon.

Les 3 raisons listées plus haut (réseaux sociaux, offre et mode) me poussent à agiter le drapeau vert et à rejoindre certains de mes amis dans le clan de ceux qui ont banni la viande… Mais pour le moment, mes papilles ne semblent pas être d’accord avec cette reddition et comptent bien rentrer en résistance et négocier âprement (manger de la viande uniquement le week-end ne leur convient pas apparemment). Qui aura le dernier mot dans cette histoire ? Seul l’avenir me le dira…

(Au fait, le pourcentage de français végétariens en 2018 était de 2%)

6 commentaires

  1. Dans votre segmentation des vega-vegeta-ecolo-etc., vous oubliez une catégorie : ceux qui limitent leur consommation de bidoche parce que ça coûte une blinde… mais qui ne renieraient pas une côte de boeuf bien saignante si ils avaient de la thune…foin de toute autre idéologie…

    1. L’article ne parlait pas des gens qui limitent leur consommation de viande mais qui la supprime totalement.
      Si on en croit les différentes enquêtes menées, ce sont surtout les CSP+ qui se mettent aux végétarisme plus que les pauvres.

  2. Il y en a aussi qui rejettent la viande pour des raisons de santé, les animaux d’élevages sont gavés d’hormones et d’antibiotiques, et leur alimentation n’est pas de très bonne qualité, pleins d’ingrédients nocifs qui se retrouvent dans notre organisme lorsque l’on mange ces animaux …

  3. J’ai 30 ans cela fait donc 30 ans que je suis végétarienne 🙂 mes parents végétariens font partis des CSP pas du tout + (hlm, banlieue et chômage quoi) mais ont arrêté de manger de la viande à la trentaine dans les années 80 par conviction et moi je ne refuse jamais une fondue ou une raclette! Juste je ne prend pas de viande avec mes patates. Je suis la végétarienne qu’on invite au barbeuc et au resto parce que je ne suis pas chiante et que c’est bien plus constructif.

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