Guillotiere3

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler d’un sujet un peu personnel : le pâté de maison où je vis.

Je m’excuse par avance auprès des lecteurs que ça n’intéresserait pas du tout. Mais ce petit coin de Lyon est en train de changer et j’avais envie (et même besoin, je crois) de partager les sentiments que ça me procure.

J’habite juste à coté d’une place qui n’a pas de nom. Elle est apparue un peu par hasard, au grès des démolitions d’immeubles successives pour un projet de rue qui n’a jamais vu le jour. Terrain vague, puis parking sauvage, aujourd’hui c’est un vrai lieu de vie et de RDV avec son jardin partagé et la terrasse du bar alternatif attenant.

Ce petit coin est une des zones les plus en vrac d’un quartier déjà bien en vrille : La Guillotière. Misère, squats et ruines urbaines y font leur lit. Quand j’ai emménagé ici, c’était la zone. Personne ne voulait habiter là. Mais c’était l’opportunité d’acheter un appart de fou à 10 min à pied de Bellecour pour le prix d’une cage à lapin en Presqu’Ile.

Et puis, dans cette zone qui semblait avoir été délaissée par les autorités, on a vu fleurir plein d’initiatives de la population. Une association qui créée des jardins à même le bitume, des familles qui se battent pour qu’un parent d’élève sans papier ne soit pas expulsé, une galerie d’art qui invente des concepts artistiques urbains, des grapheurs transformant des pans de mur en oeuvre d’art…

Cette petite place qui n’en était pas une est rapidement devenue le centre-village du coin et la vie aux alentours s’est rythmée au grès des expos, des fêtes et -mois drôle- des expulsions. Un mélange de violence, de joie, de combat, de partage.

Progressivement se sont ouverts, à proximité de la place, des établissements occupants des locaux abandonnés depuis des lustres ou prenant la place de vieux rades d’un autre temps. On a vu apparaitre des agences de graphistes, des cabinets d’architectes, des petits bars, des boutiques sympas et des réparateurs de vélos. La vie commerçante qui semblait avoir quitté ce coeur de ville, a soudain repris des couleurs.

Et puis il y a quelques mois, la Mairie (et des promoteurs) se sont dit qu’il serait grand temps de s’occuper de ce quartier laissé depuis trop longtemps à l’abandon. Tout va être rasé pour faire une jolie place.

Mon quartier, choisi par défaut, que j’avais appris à adorer va changer. Mon petit Kreuzberg à moi va renter dans le rang.J’avoue que ça me rend mal à l’aise.

J’ai le sentiment d’être un de ces p*tains d’hispters-bobos qui contribuent à la gentrification de ce type de quartier. Je tue ce que j’aime.

Je suis triste qu’on nettoie tout ça, mais aussi bien content qu’on fasse enfin quelque chose pour ce quartier.
Je suis nostalgique des vieux bistrots de quartier qui ont fermé mais je me précipite dans les nouveaux bars branchés qui ouvrent.
Je m’insurge qu’on expulse sans ménagement les gens vivant dans les squats, mais je suis le premier à les regarder bizarrement quand ils m’accostent dans la rue.
Je trouve dommage qu’avec sa réhabilitation le quartier perde de son côté populaire, mais me réjouis de ma future plus-value immobilière.

Alors, voilà, pas grand-chose à dire ou faire de plus, Juste sortir son smartphone et prendre quelques photos…en bon hipster que je suis.

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