Tunnel du gout 1

Comment une si bonne idée a-t-elle pu tourner au fiasco ?

Lors du dernier Sirha, il y a 2 ans, nous avions publié un article exprimant notre souhait de voir le salon s’ouvrir au grand public avec un vrai festival de la gastronomie à Lyon.

Alors quand on a appris la naissance de BIG Lyon, la Biennale Internationale du Goût, nous avons applaudi à tout rompre. Nous étions d’autant plus excités que ce nouvel événement avait pris le parti, comme beaucoup d’autres festivals lyonnais, d’investir les rues et les lieux symboliques de la ville.

Le clou du spectacle devait avoir lieu samedi dernier, avec l’organisation d’un banquet géant sous le Tunnel Mode Doux de la Croix-Rousse. Malheureusement le Tunnel du Goût a viré au dégoût en raison d’une organisation chaotique et d’une programmation bâclée.

Récit d’une soirée coincée dans un tube digestif très encombré.

Bouchon à l’entrée du tunnel

18h : Pour une fois nous avons été prévoyants. LeSud, Le Piaf Fou et moi avions réservé nos entrées et nos jetons (pour pouvoir consommer une fois à l’intérieur) par Internet et nous nous sommes pointés pile à l’ouverture. Nous pensions que cela nous permettrait d’accéder assez rapidement aux stands et de profiter des meilleurs produits avant tout le monde.

GROSSIÈRE ERREUR

Visiblement tout le monde a eu la même idée et à notre arrivée, c’est un gros amas d’un millier de personnes qui s’agglutine devant le pauvre guichet. Aucune signalétique, aucune file d’attente, les gens tentant de prendre un billet d’entrée s’entassent sur ceux cherchant à retirer leurs jetons, tandis que d’autres cherchent désespérément l’entrée. Les 2 pauvres intérimaires remettant les précieux jetons semblent dépassés par la foule et par leurs appareils qui n’arrivent pas à scanner les QR codes. C’est la panique. Des enfants pleurent, des handicapés manquent de se faire piétiner, des messieurs très énervés commencent à s’engueuler à défaut de trouver du personnel d’accueil à enguirlander. De notre coté, nous faisons bloc et avançons tant bien que mal pour récupérer nos précieux jetons en jouant un peu du coude.

18h40 : Alléluia ! Après avoir scanné 30 fois nos QR codes, la personne au guichet nous remet enfin nos jetons. Mais nous n’avons pas le temps de crier victoire. La foule est tellement compacte, qu’on ne peut pas faire demi-tour. Nous sommes coincés contre le guichet alors que les gens derrière poussent pour récupérer leur dû. Des gens un peu trop compressés se mettent à hurler. Ça pousse dans un sens, ça pousse dans l’autre. On profite d’un appel d’air pour déplacer une des barrières et s’extirper de la masse grouillante.

zombie
Participants au Tunnel du Gout essayant de récupérer leurs jetons

19h : On se glisse cette fois dans la queue pour rentrer dans le tunnel. Là aussi, aucune file, aucune organisation, les gens se jettent dans la foule et tentent de se faufiler tels des saumons remontant la rivière. Heureusement ça semble avancer à bon rythme. Visiblement l’ouverture du Tunnel a pris du retard pour laisser rentrer Gégé Collomb et Lolo Fabius.

Un tunnel sans faim

19h20 : C’est la libération ! Nous passons le dernier checkpoint et nous voilà propulsés dans le tunnel avec une certaine euphorie. Victoire ! Nous sommes rentrés. Le premier stand qui croise notre chemin est celui de la fameuse soupe de Monsieur Paul (Bocuse, of course). C’est chaud, c’est bon et copieux et c’est servi avec une efficacité redoutable par les élèves de l’Institut Bocuse. Enfin un truc qui semble bien organisé. Cette petite soupe nous fait un peu oublier la grosse heure d’attente et nous motive pour attaquer notre marche.

Tunnel du gout 3

Tunnel du gout 2

19h40 : Nous marchons un bon moment avant de trouver un stand qui ne soit pas pris d’assaut. Il s’agit de celui de Boboss et ses fameuses charcuteries. On se laisse tenter par une assiette d’assortiments. C’est bon mais peu copieux, à 5 € ça nous parait un peu cher.

19h50 : Des huîtres ! Et pas trop cher en plus (4 € la demi-douzaine) ! Hop on chope un peu de vin blanc au stand précédent et on s’attable à l’un des espaces de convivialité disséminés tout le long de tunnel (et qui n’ont de convivial que le nom). Le vin est quelconque mais les huîtres sont divines.

20h10 : Il y a foule devant le stand Valrhona. Normal, le fameux chocolatier fait déguster ses produits gratuitement. Heureusement l’équipe qui sert les chocolats chauds est efficace et on récupère nos gobelets rapidement. L’enchaînement huître chocolat est un peu bizarre mais nous apprécions quand même cette chaude boisson épicée.

20h40 : le stand Mons est assurément LE stand de la soirée. Son plateau de fromage de 30 m est d’une beauté laitière sans équivalent. C’est magnifique, c’est émouvant et ça nous rappelle que le fromage c’est la vie ! On attrape un énorme morceau de brie truffé au prix correct de 6 € avant de remarquer que celui-ci est fourni sans pain. Une personne du stand nous explique qu’ils n’ont pas eu le droit de donner du pain pour ne pas pénaliser le stand de la Boulangerie Jocteur attenant. On se dépêche d’aller récupérer du pain à ce stand. Bien nous en a pris, nous achetons le dernier pain disponible. En rupture de stock alors qu’il reste près de 2 h d’événement c’est pas terrible.

Tunne du gout 4

La Lumière au bout du tunnel ?

21h10 : on entame la deuxième partie du tunnel sans trouver un stand digne d’intérêt. Là Cerise & Potiron tente de faire croire qu’ils vendent des fruits et légumes de qualité. Ici le Petit Paumé refourgue son stock de guides non écoulés… Michel & Augustin fait goûter ses gâteaux et le Ninkasi sa bière qu’on connait déjà par cœur. On claque nos derniers jetons à un stand de vin dont on n’oubliera le goût à peine sortis du tunnel.

21h30 : on arrive enfin au bout du tunnel. La plupart des gens font demi-tour sans voir qu’un bus TCL permet de rejoindre l’autre extrémité. Dommage que les organisateurs n’aient pas communiqué sur cette navette spéciale ça aurait surement fait diminuer la foule dans le tube. On a un peu mal aux pieds, on est à moitié rassasiés et on est fatigués de la foule, on décide de commander un Uber pour rentrer au bercail.

Verdict final

Le Tunnel du Goût était une bonne idée. Bien organisé et avec un peu plus de cohérence dans les stands, cela aurait pu en faire un événement exceptionnel. Outre l’organisation déplorable à l’entrée, il aurait était sympa d’avoir un parcours beaucoup plus travaillé dans l’enchaînement des saveurs et une certaine harmonie dans la qualité et les prix. Les meilleurs trucs étaient offerts (soupe, chocolat) et des trucs pas terribles étaient hors de prix.

❤ On a aimé :
– le concept de base
– la moitié des stands (Bocuse, Mons, Valrhona…)
– le prix d’entrée (5 € l’entrée avec pas mal d’offerts ça reste un bon plan)

☁ On a pas aimé :
– l’absence TOTALE d’organisation
– l’autre moitié des stands
– les prix de truands sur certains stands
– l’absence et les erreurs de communication (annoncer que l’entrée ne se fait que coté Rhône alors qu’on pouvait rentrer coté Saône, la navette TCL mentionnée nulle part)
– l’absence d’un plan pour savoir quels exposants étaient présents et à quel endroit

En résumé, un concept génial tué par un manque d’organisation flagrant et l’absence totale d’une vraie programmation.

On espère cependant qu’il y aura une 2ème édition, car ce fiasco montre tout de même un vrai appétit des Lyonnais pour ce genre d’événements. Oui, il faut que la Biennale Internationale du Goût continue et prenne de l’ampleur, mais il faut arrêter de l’organiser comme des Guignols.