Si Lyon brille pour ses lumières et sa scène électro, elle n’est vraiment pas en reste rayon 9 ème art. Outre son festival Lyon BD, qui vient de fêter ses 10 ans et qui est devenu un événement culturel incontournable, Lyon accueille un bon gros fief d’auteurs, illustrateurs et scénaristes talentueux, de belles librairies spécialisées, ainsi que plusieurs petites maisons d’édition ouvertes aux jeunes talents.

J’ai toujours été admirative de ceux qui savent raconter des histoires, faire rire, ou émouvoir en trois coups de crayon. Dans cette nouvelle rubrique assez personnelle (parce que bon… les goûts et les couleurs hein…) je vais vous présenter mes coups de cœur du moment, quelques actualités, et des interviews d’auteurs Lyonnais.

En fait, j’espère vraiment vous donner envie de courir à la librairie la plus proche.

“L’année du Lièvre” de Tian

Sortie chez Gallimard en Juin 2016

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En résumé : C’était il y a une quarantaine d’années au Cambodge. Une famille doit fuir Phnom Penh, la capitale occupée par le régime Khmer Rouge, en abandonnant tous leurs biens. L’auteur, qui va naître pendant ce périple, raconte en 3 tomes les innombrables choix que ses parents ont dû faire pour survivre pendant ces 5 années de violente dictature.

Pourquoi il faut la lire : Cette histoire vraie fait particulièrement écho avec l’actualité du moment. Le dessin est léger, presque naïf, ce qui permet de souffler malgré la gravité d’un sujet insoutenable. Mais on pénètre aussi dans l’intimité des personnages, qui en plus d’assurer leur survie, doivent gérer les problèmes du quotidien. Accoucher en pleine jungle, apprendre à faire du feu, cacher les quelques biens et richesses…
Des gens qui n’ont eu que des décisions irrévocables à prendre : choisir le chemin de droite plutôt que celui de gauche. Répondre oui ou non. Faire confiance aux bonnes personnes ou se taire. 

Mon avis en très bref : J’ai dévoré les 3 tomes d’une traite et je me suis replongée passionnément dedans pour une deuxième lecture. J’en ressors émue et touchée, mais aussi informée sur cette période de l’histoire qui m’était à peine connue.

Hop ! j’en profite pour me faire dédicacer mes 3 tomes

L’interview de Tian

Tian me reçoit dans son atelier partagé de la Guillotière pour me parler de son livre et de sa vie de Lyonnais.

– Bonjour Tian, tout d’abord, brisons la glace en parlant de la météo : ça y est, il fait enfin beau ?
Bonjour, oui, c’est super !

– Tu fais quoi quand il fait beau à Lyon ?
Je sors avec ma famille et je me promène sur les quais entre le parc de la tête d’Or et le parc de Gerland. Je vis à Lyon depuis 2003 et j’adore cette ville. Particulièrement le 7ème arrondissement.

– Tu m’étonnes. Et en quoi préfères-tu le 7ème aux autres quartiers ?
C’est un lieu de brassage et de mixité. Pas trop bourgeois, un peu populaire. Il y a plein d’associations culturelles qui créent des ponts entre les communautés, les artistes, les habitants et les commerçants. Je trouve que c’est un des quartiers les moins cloisonné de Lyon.

– Tiens, d’ailleurs, tu fais partie de l’asso Le Bocal ?
J’en suis même un des co-fondateurs. Notre objectif était de créer un lieu culturel et animé, ancré dans la vie de quartier, autour du graphisme et de l’illustration. Nous organisions assez régulièrement des expositions, mais aujourd’hui, nous avons levé le pied sur les événements, et c’est avant tout un atelier partagé.

– J’ai vu que tu retournais souvent au Cambodge. Que vas-tu y faire ?
Dernièrement, j’ai été invité par la ville de Battambang (d’où est originaire mon papa), pour venir présenter mon livre et parler du génocide. La plupart des jeunes connaissent à peine cette période de leur histoire qui est restée longtemps sous silence. Pourtant, c’était il y a à peine 40 ans et 20 % de la population du pays a été exterminé.
En parallèle, j’apporte mon soutien à des élèves d’une école d’art graphique pour la création d’un Fanzine. Je cherche à rassembler tout un tas de livres, notamment des invendus de chez Gallimard, pour qu’il y ait au sein de leur école une bibliothèque graphique bien documentée.

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Tian, croisé au café Nova, presque au saut du lit

– Comment s’est passée l’écriture de « L’année du Lièvre » ?
Je suis allé rendre visite à mon père et j’ai enregistré son histoire sur un dictaphone. J’ai ré-écrit par la suite les anecdotes chronologiquement, puis j’ai essayé de découper l’histoire, en synthétisant. Cette immersion dans le temps était très éprouvante. De l’écriture au dessin final, la création de ces trois tomes aura occupé 6 ans de ma vie. J’avoue être content de passer à autre chose.

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Etudes de personnages, du crayonné à l’encrage.

– Et tu vas faire quoi maintenant ?
J’ai des projets d’album et de film sur le Cambodge contemporain. Je pense que la BD est un des meilleurs outil pour communiquer et faire passer des messages forts. Ce qui me plait vraiment et qui a le plus de sens, c’est de pouvoir informer les gens et les sensibiliser.
J’ai également en cours de projet un guide de bons plans et de sorties sur Phnom Penh, répertoriant cafés branchés, espaces artistiques, événements et restaurants…

– Ha tiens donc ?! ça me fait penser à quelque chose. D’ailleurs, tu sors où au resto sur Lyon ?
Mes lieux de prédilection sont dans le 7ème. Le Kitchen Café, le Stamtich, les Raffineuses…  J’adore le Bistrot des Fauves, j’y suis très souvent. On peut aussi me croiser au Café Nova qui est sur le chemin de mon atelier.
Il m’arrive de quitter le quartier. Je recommande l’Ourson qui boit (même si c’est impossible d’y aller sans avoir réservé 3 mois à l’avance), les Saveurs de PY (sur le plateau de la Croix Rousse), et Les Adrets (dans le Vieux Lyon). Mais mon péché mignon, c’est le Rem’s, qui fait les meilleurs burgers de Lyon.

– Je confirme ! Une question me brûle les lèvres : Où manger cambodgien à Lyon ?
Honnêtement, je n’en sais rien. Mais mes parents vont depuis des années au Phnom Pich rue Passet. C’est une (NDLR : excellente) petite cantine sans prétention, mais c’est là qu’ils sortent avec leurs amis.

Rencontre

Vous pouvez rencontrer Tian à la librairie Expérience ce samedi 2 Juillet, entre 14h et 16h, pour une séance de dédicace.

Librairie Expérience
5 Place Antonin Poncet, 69002 Lyon
www.librairie-experience.com


« Quoi de plus normal qu’infliger la vie ? » d’Oriane Lassus

Sortie chez Arbritraire (Lyon) en Mars 2016

Oriane-Lassus

Oriane Lassus est une jeune auteure Lyonnaise, qui travaille dans l’atelier collectif et maison d’édition Arbitraire.

Pourquoi il FAUT lire cet ouvrage : Avoir fait le choix de ne pas avoir d’enfant. Un sujet peu abordé et moyennent accepté. Juste pour voir, faites l’expérience parmi vos amis. Annoncez leurs que vous ne souhaitez pas d’enfant. Jamais. Au mieux, vous serez traité d’égoïste, au pire, on essayera de vous convaincre que vous faites la plus grosse bêtise de votre vie.
L’auteure est allée assez loin dans sa réflexion. Sans en faire pour autant un traité de sociologie, elle aborde le sujet avec simplicité et un humour piquant.
Quant au dessin, il est magnifique : un trait à l’encre, hyper fin, nerveux et sensible.

Mon avis en très bref : ça chamboule un peu, c’est drôle, ça donne du fil à retordre aux idées préconçues et c’est BEAU !

En Bonus : La couverture est à elle seule une petite oeuvre d’art, sérigraphiée “maison” dans l’atelier d’Expérience (Lyon 7eme)

planches oriane lassus

Expos

Vous pouvez admirer les planches originales d’Oriane à l’Atelier Arbitraire jusqu’en Octobre.

Arbitraire
231 rue de Créqui, 69003 Lyon
04 78 62 39 65
www.arbitraire.fr