Antho la Sardine entra en trombe dans le rade en cognant la porte du pied. La bande des Chatons Flingueurs était au grand complet et attendait fébrilement son retour.

« Alors, ALORS ? » demandèrent en choeur Le Piaf Fou et Latchetch Les Bras Gauches, laissant tomber leur partie de coinche.

« C’est bon les gars, j’ai la came ! annonça fièrement Antho en ajustant son chapeau et en crachant son mégot. 30 bouteilles de 33cl, ça fait 10 litres pour ceux qu’ont pas fait Maths Sup. »

Soulagement palpable dans les rangs.

« On peut la boire maintenant mais elle va évoluer pour atteindre sa maturité entre 3 et 6 mois… » poursuivit Antho.

« Alors, c’est quoi le plan ? On en ouvre une maintenant ? » coupa Latchetch en manquant de faire tomber ses cartes.

« Non, attendez ! conseilla le Piaf Fou. Il manque un truc essentiel… une âme, une histoire, un nom ! »

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2015-01-30 Et la bière fût (01)

Un mois plus tôt… Quai Augagneur, un soir d’hiver. Antho, Le Piaf Fou et Latchetch ont pris rendez-vous chez Et La Bière Fût pour participer à un atelier de fabrication de bière – une expérience inédite bizarrement encore jamais tentée par la Team LCC, qui répond pourtant toujours présent dès qu’il s’agit de s’enfiler des demis. Objectif de la session : percer les secrets de fabrication de la bière en produisant notre propre cuvée.

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Pourquoi la bière ? Parce que c’est un rêve de gosse (oui, certains d’entre nous sont des pochards depuis l’âge de 6 ans). Parce qu’on a toujours voulu connaître la véritable odeur du houblon, une plante de la même famille que celle du chanvre. Et parce que la vie d’un chroniqueur de LCC c’est un peu comme la vie d’une levure : on bosse tout le temps et dès qu’on nous donne à bouffer, on se reproduit… Bref, comme si on avait besoin de fournir une explication.

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Quelle recette choisir ? Blonde, blanche, brune, ambrée ou bière de saison (en ce moment : Imperial Stout, genre une bonne grosse bière de bonhomme, baptisée « Imperial » en hommage à la Sainte Russie et à ses amateurs de bières fortes). Pour cette première session de découverte (2 heures d’atelier, 80 euros), la recette est fournie au gramme près. Pas de personnalisation de la cuvée à ce stade, mais une fois qu’on maîtrise le processus, pourquoi pas modifier les dosages et ajouter des ingrédients plus exotiques. On se décide pour la bière blanche, qui nous semble à la fois intéressante à réaliser (car il faut ajouter des épices) et facile à aborder en terme de saveur.

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On se fait un plan fût ? Allez hop, c’est parti : doser les céréales, moudre les grains, remplir une chaussette avec le tout et laisser cuire dans l’eau chaude. C’est très bien expliqué et facile à faire – du moins quand on n’a pas deux bras gauches et qu’on manque de se brûler au 2ème degré avec les gamelles d’eau bouillante. Pas de panique, le matériel est très sûr, c’est juste moi qui suis notoirement maladroite. On se rend compte au fur et à mesure de l’atelier que faire sa propre bière, c’est comme faire sa lessive à l’ancienne : on touille de l’eau chaude et des chaussettes remplies de trucs bizarres, ça a une couleur pas vraiment engageante (genre lessive vraiment sale) et ça sent le vieux grenier. Les mauvaise langues diront : c’est dégueu. On dira plutôt : laissons sa chance à la mixture. Ce n’est pas pire que fabriquer de la charcuterie, et pourtant qu’est-ce que c’est bon !

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Et les ingrédients dans tout ça ? Eau chaude, donc, céréales et épices moulues, le tout dans une sorte de gros ricecooker à bière. Le houblon, fourni en sachets, ressemble à de la litière pour chats qui sentirait un peu le sous-bois et les substances illicites (famille du chanvre, souvenez-vous). L’infusion de tous les ingrédients, qui ressemble jusqu’à présent à une vieille eau de vaisselle où flottent des chaussettes sales, doit être remuée régulièrement. Progressivement, des arômes familiers commencent à nous chatouiller les narines. On est sur la bonne voie ! Ce qui nous a un peu surpris, mais pas tant que ça finalement, c’est la quantité de levure et surtout de sucre à ajouter au mélange… C’est à ce moment-là qu’on a vraiment compris pourquoi la bière est addictive ! (et fait grossir aussi…) Encore quelques tours de trempette, essorage des chaussettes, ajout les levures, du sucre et de quelques litres d’eau froide et hop, en route pour le stockage dans un gros bidon.

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Bon, sérieusement, c’est quand qu’on boit ? La mixture doit reposer 1 semaine à 21°C, puis 4 jours au frigo, puis est mise en bouteille avant de retourner à 21°C. Le goût évoluera encore pendant 3 mois, grâce au merveilleux travail des petits bras musclés des levures, qui bossent tout le temps tout le temps tout le temps. On a bien suivi la recette comme il faut, plus qu’à croiser les doigts pour que cette cuvée soit gouleyante !

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Fabriquer de la bière, c’était chouette, mais ça nous a bien mis la pression (jeu de mots moisi totalement assumé).

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La bande des Chatons Flingueurs s’était regroupée autour du Graal, les deux caisses de bières ramenées par Antho la Sardine. Ils n’étaient pas peu fiers ! Restait plus qu’une étape, et pas des moindres, avant de déboucher la première bouteille : trouver un nom à cette cuvée.

« Duchesse ? hasarda Latchetch. Nan, déjà pris… »

« White Tiger ! » lança Antho.

« Attends, c’est trop burné… c’est de la blanche, pas de l’antigel ! » balança Latchetch.

« Blanche de Lyon ? » proposa Le Piaf Fou.

« Un peu trop classique, voire posh… non ? » répondit Antho.

« Ah, je sais : la Blanquette des Minous !! » annonça Latchetch. Mais ce fut le tollé général dans les rangs. Les uns ont tout de suite pensé à la Blanquette de veau, les autres à la Blanquette de Limoux, et les tordus à la “blanket” de Michael Jackson. On n’était pas bien avancés…

Alors, qui a une super idée pour baptiser cette cuvée ? Evidemment, celui ou celle qui donne le meilleur nom viendra la déguster avec nous !